Les documents créés par Annie B.

Sur les remparts d’Essaouira

Un beau matin me promenais

Sur les remparts d’Essaouira

D’où le regard si haut plongeait

Sur la vieille ville, la médina

J’apercevais en contre-bas

La vie grouillante des ruelles

Les femmes, les hommes en djellaba

Essaouira, que tu es belle

 

D’intenses odeurs me parvenaient

Odeurs d’épices, de curcuma

Relents aussi, pestilentiels

Poubelles déchirées par les chats

Et pour la prière à Allah

J’entendais raisonner l’appel

Du muezzin pour l’iqâma

Essaouira, que tu es belle

 

Au-delà des remparts, la baie

Jusqu’au village de Rezoua

S’arrondissait tel un lacet

En embrassant Essaouira

Au port de pêche, tout là-bas

Les barques bleues, bleues comme le ciel

Se rassemblaient en armada

Essaouira, que tu es belle

 

Je garderai d’Essaouira

Le souvenir exceptionnel

D’une ville sans apparat

Au goût sucré de la cannelle

 

INTERVIEW

Janvier 2018

Pour notre émission littéraire mensuelle, nous avons le plaisir d’accueillir aujourd’hui, à l’Institut Français d’Essaouira, l’écrivaine française Gilda Malone, bien connue de nos lecteurs francophones.

  • Madame Malone, bienvenue parmi nous et permettez moi avant tout de prendre des nouvelles de votre santé.
  • Je vous remercie beaucoup de cette attention. Il est vrai que j’ai eu quelques soucis mais tout est rentré dans l’ordre à présent.
  • J’en suis heureux. Votre dernier roman « L’aventure du chagrin » rencontre un énorme succès. Il en est déjà à son deuxième tirage. Avez-vous écrit le livre de votre vie ?
  • Impossible de vous répondre « Celui-ci sera le livre de ma vie », c’est-à-dire le meilleur. Par contre je peux dire que ce qui m’a poussé à écrire ce roman est inspiré de faits réels dans ma famille. En effet, nous sommes trois membres de la famille à être, nous dirons, « typés ». Ma mère et son petit frère, qu’on surnommait « l’arabe » dans son village et moi-même qu’on appelait « la gitoune » quand j’étais gamine. Référence à la gitane bien sûr. Ma mère était persuadée que nous avions des origines orientales et j’ai fini par attraper le virus. J’ai mené mes premières recherches en ligne en m’inscrivant à genealogie.com mais sans succès. J’ai fini par faire appel à une spécialiste de recherches généalogiques qui a pu remonter jusqu’à un ancêtre natif du Maroc, probablement d’Essaouira.
  • Avez-vous découvert des événements qui ont marqué ou fait évoluer votre écriture ?
  • Sans aucun doute. Cette plongée dans mes origines m’a fait découvrir une culture qui ne m’était pas connue. J’ai été dépaysée, je dirais presque « orientalisée » jusque dans les choix de mots, le rythme des phrases. J’ai beaucoup lu et regardé de documentaires sur le Maroc et Essaouira en particulier. Je suis devenue plus descriptive aussi.
  • On vous voit beaucoup à Essaouira. Quelle place occupe cette ville dans votre œuvre ?
  • J’y habite régulièrement depuis mes premières recherches au Maroc il y a quinze ans. Car j’ai commencé à écrire « chagrin d’aventure » il y a longtemps, avant mes trois autres romans. En fait c’est cette histoire de fouille qui a déclenché chez moi ce besoin, ce plaisir d’écriture jamais ressenti auparavant si ce n’est quelques textes assez courts, des anecdotes, des jeux d’écriture, un semblant de journal intime que je griffonnais sur un carnet. Non, mon moyen d’expression était et est encore dans une moindre mesure, la peinture, le dessin
  • Qu’éprouviez-vous avant la sortie du roman ? Crainte ? réjouissance ?
  • Je serais présomptueuse de dire que je n’ai pas eu peur de l’accueil des lecteurs et des critiques littéraires. Nous savons bien que ces derniers surtout peuvent être lapidaires ! Je n’ai heureusement pour moi, jamais connu de rejet pour mes trois romans précédents même si le 2ème « Les diamants sirocco »a moins bien marché. Peut-être parce que c’était le deuxième, on attend toujours mieux d’un jeune auteur. Pour « l’aventure du chagrin », j’ai connu quelques difficultés avec mon éditeur qui tenait à me faire modifier le destin de mon personnage. J’ai tenu bon et ai pris le risque de le voir refusé. Il s’en serait mordu les doigts au final. Mais je n’étais vraiment pas fière. Je n’aime pas les situations conflictuelles. Depuis, nos relations sont redevenues ce qu’elles étaient, cordiales et j’ai gardé toute ma confiance dans cette maison d’édition.
  • Avec le temps, avez-vous compris quel écrivain vous étiez ?
  • Absolument pas. Et d’ailleurs je m’en fiche. J’écris, les gens me lisent et m’apprécient. Je ne cherche pas à savoir quelle écrivaine je suis, j’ai déjà tant de mal à savoir qui je suis !
  • Parlez-nous du choix de votre titre « l’aventure du chagrin ».
  • Si le fond du livre est inspiré de ma propre vie, le reste est fictif. Les personnages sont inventés, les événements aussi. Par contre le titre rend hommage à ma mère, décédée l’an dernier. Le chagrin, c’est de ne pas avoir pu lui apporter la réponse à sa question : qui est donc cet homme sur la photo jaunie. L’aventure, c’est le parcours que j’ai suivi, les gens que j’ai rencontrés, ma propre évolution. J’ai commencé à écrire autour de cette histoire en 1992 sous forme de notes au départ. Il me fallait trouver des informations réelles tout en les projetant dans une fiction qui tienne la route. Je ne mentirais pas en disant que le cours de ma vie s’en est trouvé bousculé.

 

LETTRES

De Gilda Malone

A   Max Hartenay

Editions Magix France

Cher Monsieur

J’ai lu avec une grande attention le courrier que vous m’avez adressé après réception de la dernière version corrigée de « L’aventure du chagrin ».

Nous avons déjà échangé sur certaines modifications que vous souhaitiez que j’apporte au texte initial, particulièrement en ce qui concerne le dernier chapitre. J’ai accepté et suivi la majeure partie de vos recommandations, votre aide m’ayant toujours été utile, mais il subsiste un point sur lequel je ne cèderai pas, à savoir, et vous vous en doutez  bien, ce qu’il advient de mon personnage principal à la page 85. J’entends bien vos réticences, vos arguments, mais j’ai atteint une maturité dans l’écriture qui me permet de passer au-delà de votre insistance dans la mesure où, à céder, je ne retrouverais pas l’essence même de ce qui fait de moi l’écrivaine que suis devenue. Je me trahirais.

J’espère que vous accepterez cette dernière version telle que vous en avez reçu copie et que vous comprendrez mon point de vue.

Au plaisir de vous lire

 

 

De M. Hartenay

Éditions Magix France

Mme Gila Malone                                                                                                          A Paris

Chère Madame

 

Pourrions-nous nous rencontrer avant de poursuivre nos négociations ?

Discuter de vive voix serait certainement plus productif. Peut-être prévoyez-vous un séjour en France assez proche ?

Je serais heureux d’organiser avec vous une réunion en présence de deux de nos lecteurs et moi-même, ici dans la maison d’éditions.

Éditorialement vôtre

 

Gilda Malone

A    Max Hartenay

Cher monsieur

Peut-être me suis-je mal fait comprendre. Il est clair pour moi que je ne discuterai pas de nouvelles modifications dans mon texte. Mon personnage suivra le destin que je lui ai fixé, quelle que soit votre opinion. Quant à une venue en France, je ne l’envisage pas encore, pas avant la sortie de mon roman.

Au cas où, et ce serait à mon grand regret, vous n’accepteriez pas de publier « L’aventure du chagrin » dans sa version finale, je serais dans l’obligation de rompre le contrat qui nous lie depuis plusieurs années, même si cette démarche me causait bien des désagréments.

J’espère de tout cœur ne pas en arriver là, car nous avons tissé au fil des années des liens de confiance que j’apprécie.

A vous sincèrement

 

 

 

De M . Hartenay

Éditions Magix France

Mme Gilda Malone

Chère Madame

 

Le comité de lecture et moi-même, après discussion, avons pris la décision de publier « L’aventure du chagrin » dans la dernière version que vous nous avez fournie.

Vous trouverez ci-joint les modalités du contrat stipulant le nombre d’exemplaires prévu au premier tirage, à nous retourner daté et signé dans les délais impartis.

Éditorialement vôtre

 

BIBLIOGRAPHIE

1997  La promeneuse de l’Atlantique

1999  Les diamants sirocco

2001  Journal des miracles relatifs

2011  Sur les remparts d’Essaouira

2017  L’aventure du chagrin