Le fantôme de Saint Pierre

En l’an 950, un jeune moine au visage poupin eu teint lumineux, Thibaud Ledoux, 18 ans, nouvellement arrivé à l’Abbaye de Jumièges fit preuve de grandes dispositions pour l’art de la Sculpture. L’abbé Giselbert  lui confia rapidement  des responsabilités. En très peu de temps c’est lui qui eut comme mission de réaliser toutes les sculptures des personnages religieux et des moines, en particulier la statuaire qui ornait les tombeaux.

Il exécuta ce travail de façon acharnée et expressive, réalisant ses œuvres dans toutes les églises du val de seine, tant sa renommée était forte. Au bout de vingt années ses mains étaient de plus en plus habiles et sa mine de plus en plus poussiéreuse. Un jour ensoleillé, las de ce labeur, il quitta l’abbaye pour profiter des éclats merveilleux de la Seine toute proche. Il retrouva le sourire imaginant le voyage du fleuve jusqu’à la mer si proche qu’il n’avait jamais vue. Au bout de quelque heures, pris de remord d’avoir quitté l’enclos protecteur, il retourna à l’abbaye bien décidé à retrouver un nouvel élan créatif. Il se mit à sculpter des anges, des animaux des plantes et refusa toute représentation humaine.

L’abbé Giselbert imagina que cette décision était momentanée et tenta à de nombreuses reprises de lui confier, en vain, la représentation des saints et saintes ou des moines. A la mort de l’Abbé en 978 il refusa même de sculpter son tombeau. Ce qui n’empêcha pas les moines de le choisir comme Abbé.

Huit années passèrent,  l’abbaye embellissait et la vie de la communauté semblait paisible à l’approche de noël. Le 25 décembre au matin, l’abbé Thibaud se leva très tôt et commença un œuvre qui prit vite forme humaine. Le maillet et les ciseaux allaient bon train et les moines assemblés autour de l’Abbé ne pouvaient imaginer un tel prodige. L’œuvre semblait terminée quand le premier coup de minuit se mit à sonner. Les moines s’agenouillèrent en prière en fermant les yeux. Quand ils se relevèrent l’abbé avait disparu. Contemplant son ouvrage ils comprirent qu’il venait de sculpter son propre tombeau. Peu de temps après cet évènement étrange, l’évêque Saint Ouen impressionné par la beauté des œuvres laissées par l’abbé et par le mystère de sa disparition décida de le sanctifier au nom de Saint Pierre.

Certains disent qu’il se serait pétrifié sur le tombeau, d’autres qu’il serait parti sur la seine pour embarquer vers la mer. Depuis cette date tous les 25 décembre à minuit toutes les statues qu’il a sculptées dont celles qui sont encore présentes à Jumièges, se mettent à pleurer des larmes qui roulent sur le sol et deviennent des petits galets de silex.

ML