La valse des couleurs

TEXTE : l’arrivée à la Kasbah Ben Ali

C’était le plein cœur de l’été, la saison où d’habitude tout éclate sur une terre surchauffée, où les hommes conscients de la précarité de leur situation se hâtaient sans limite, allaient et venaient à leurs divers chantiers avec la participation de tous les membres de la communauté. Personne n’était dispensé de sa contribution, chacun en fonction de ses possibilités.

Et pourtant quelque chose n’allait pas, un sentiment d’oppression, inconnu qui ne correspondait à rien d’habituel.

Contrairement à la norme des saisons, le thermomètre annonçait des températures qui ne cessaient de diminuer, quelques dixièmes de degrés par jour puis quelques degrés. C’était presqu’ un temps de printemps tardif.

Puis là-bas, au sud, la lumière diminuait petit à petit, de jour en jour, comme si un mince voile de plomb se déroulait à l’horizon chaque jour plus épais.

Les membres du conseil communal, jusque-là surpris par les événements, commençaient à s’interroger à haute voix, se demandant quels événements pouvaient bien causer ces phénomènes. Même les plus portés au doute et à la moquerie devenaient de jour en jour plus silencieux voire même inquiets. Certains proposaient même d’envoyer une mission en direction du sud pour essayer de comprendre la vraie nature des faits

Il faisait maintenant réellement froid dans la région de Ben Ali et l’inquiétude se faisait chaque jour plus grande. Le voile de poussière s’épaississait et surtout il se rapprochait de Ben Ali. L’heure n’était plus à la parlotte. Mais que faire ?

Un matin, après presqu’un mois de cette étrange situation, une curieuse lumière apparut à l’orient du voile nuageux, qui mit plusieurs jours à se confirmer et laissa bientôt  place à une silhouette imprécise, une silhouette immense, la silhouette d’un homme vêtu d’une simple djellaba, une silhouette venant du sud marchant à grandes enjambées de droite et de gauche.

 

SCENARIO

Séquence 1 : EXT-PAYSAGE-JOUR

La couleur de l’horizon change

Séquence 2 : INT-SALLE DE REUNION-JOUR

Le conseil du village est réuni autour d’une table.

Le chef du village

Je vous ai réunis car les événements de ces derniers jours me semblent bien inquiétants !

Un vieillard du conseil

De tels événements ne sont jamais survenus dans notre région !

Le chef du village

Nous sommes la cible d’une attaque en règle

Le vieillard du conseil

Et nos assaillants sont plus puissants que nous !

Le chef du village

Nous devons tenter de négocier !

Le vieillard du conseil

Envoyons une ambassade au Royaume du Sud

Le chef du village

Je partirai ce soir à la tête de l’ambassade

Vous tous devez rester sur vos gardes ! Je donne un pouvoir au doyen du conseil durant notre absence

Le doyen

Je suis honoré de votre confiance

Le chef du village

L’homme ne suffit pas il faut l’efficacité

Nous partons à la tombée du jour ! Allez faire vos adieux à vos femmes et à vos fils ! Peut-être ne les reverrez-vous jamais ! Et que chacun fasse pour le mieux à la place qui est la sienne

 

Séquence 3 : EXT-VILLAGE-JOUR

Le petit géant arrive au village et détruit tout sur son passage. Il s’arrête.

Le petit Géant

Il s’adresse aux femmes du village

Femmes de ce pays ! il vous faut vous rendre à l’évidence ! il n’y a plus de place pour vous sur cette terre ! vous devez disparaître, vous et vos enfants !

 

Séquence 4 : INT-SALLE DE REUNION-JOUR

Le village refuse l’ultimatum

Séquence 5 : EXT-PAYSAGE-SOIR

Le petit Géant repart demander des instructions

Séquence 6 : EXT-PAYSAGE DU PAYS DU SUD-JOUR

Le petit Géant reçoit les instructions du chef

Le chef

Détruisez le village !

 

Séquence 7 :  EXT-PLACE DU VILLAGE-JOUR

Les femmes attendent le petit Géant portant chacune une corde au cou

La doyenne des femmes

Petit Géant ! qui donc a rempli ton cœur de cette hargne que tu es venu déverser sur notre peuple ? nous vivions en paix ! les générations se succédaient, nous vivions en bons termes avec nos voisins, nous échangions nos femmes et partagions nos découvertes…

Le petit Géant

Malheureuses ! Pauvres femmes de ce pays ! N’avez-vous pas compris que seule la force compte dans notre rencontre. La clémence n’a pas de place. L’esclavage est la seule issue pour votre peuple, hormis la mort. Ne perdez pas votre temps en lamentations stériles, vous avez déjà perdu !

La doyenne des femmes

Nous n’avons pas l’intention de venir pleurer devant toi ! nous avons mis à notre cou la corde que nous avons préparée nous-même ! notre seul espoir est que tu découvres au fond de toi-même ce qu’est la richesse d’un peuple vivant dans la paix

Tu peux encore comprendre que la violence n’est pas la solution, ni pour toi ni pour nous, si tu le décides avec ton peuple ! Béni soit son nom !

 

Séquence 8 : EXT-PAYSAGE DU PAYS DU SUD-JOUR

De retour le petit Géant défend la cause des femmes du village et a gain de cause.

Séquence 9 : EXT-VILLAGE-JOUR

Les villageois restaurent les ruines. La vie reprend.

Séquence 10 : INT-SALLE DE REUNION-SOIR

Le conseil met en place les évolutions nécessaires

FIN

 

RÉCIT

Pendant que la rencontre se termine entre le chef du village et le petit Géant, alors que l’on pourrait croire les événements clos, une étrange atmosphère s’installe sur la plaine. Du plus loin que puisse se porter le regard, des silhouettes se rassemblent, silhouettes noires, silhouettes blanches, silhouettes de couleurs variées qui convergent lentement, silhouettes de femmes et d’enfants qui répondent à l’appel silencieux de la détresse. Bientôt ce ne sont plus des silhouettes mais un conglomérat auquel s’ajoutent, à chaque instant, les femmes de l’est et celles de l’ouest, et tout cela dans le plus grand silence. Pas de cris, pas de disputes, seulement la progression inéluctable de ces femmes qui se rapprochent de l’arbre où le petit Géant demeure, stupéfait.

Les femmes se rapprochent les unes des autres jusqu’à n’être bientôt qu’une seule masse multicolore et silencieuse. La rencontre est impressionnante et risque de dégénérer à chaque instant. Mais ce qui surprend le plus le petit Géant, c’est la corde que chaque femme a noué à son cou, signe de leur détermination sans faille. Il n’y a pas de recul possible. Ce sera le recul des hommes du Sud ou le massacre sans pitié de tout un peuple, femmes et enfants compris.

Le petit Géant est sidéré. Il n’a jamais vu un tel rassemblement. Il est désemparé. Que va-t-il faire ? il ne se sent pas le droit de déclencher un tel massacre !

Il repart vers le sud. Les femmes se dispersent contentes d’avoir provoqué un événement si peu ordinaire.

Quand, plus tard, l’ambassade du Sud viendra porteuse de l’abandon des hostilités, les femmes bien conscientes de leur valeur, demanderont qu’on tienne compte de leurs besoins dans la réorganisation de leur gouvernement