Floriane Pierdottir

LETTRE 1

LAUGARVTN                                                                                                                            Le 23 mai 2017

18 h

Chère Alice,

Je me réjouis vraiment d’être enfin arrivée à Laugarvatn. Nous avons traversé la presqu’ile de Reykjanes sous une pluie incessante. Le ciel était si bas que nous roulions dans une brume inquiétante. Tel fut le premier contact avec la terre Islandaise. Nous nous sommes arrêtées sur le pont des deux continents qui surplombe la faille tectonique entre l’Amérique et l’Eurasie. Comment peut-on imaginer que ce lieu de rêves deviendrait un tel cauchemar ? Le vent et la pluie s’engouffraient dans mon oreille américaine et ressortaient par l’eurasienne. J’étais rincée des pieds à la tête !!

La réponse est le groupe : neuf femmes harassées mais heureuses. Nulle part ailleurs n’existe un paysage d’une telle désolation. Ce lieu est pourtant celui que j’ai choisi avec l’intention de me ressourcer.

En espérant te lire bientôt,

Floriane

LETTRE 2

LAUGARVTN                                                                                                                     le 24 mai 2017

16h30

Chère Alice,

Te souviens-tu de l’odeur de soufre des japonais avinés que nous avions rencontrés dans le train pour Chang may ? J’ai beaucoup ri aujourd’hui car cette odeur est permanente ici et c’est plutôt plaisant. Un troll au bonnet vert a fait des selfies devant les geysers jaillissant. Arrivée à la cascade, j’ai ressenti les bouillonnements du bonheur : envie de me plonger dans les rouleaux infernaux pour m’ôter toute trace de chagrin. Beaucoup de lumière et de soleil dans cette journée, peu de vent on entendait parfois le sourd grondement des lupins s’épanouissant. De retour à Laugarvatn, spa et lumière ont comblé notre bonheur.

Je t’embrasse

maman

LETTRE 3

ROUEN                                                                                                                                        le 27/05/2017

18h

 

Chère maman,

Ce n’est pas un reproche, mais je viens de recevoir tes deux lettres par le même courrier. Je te sens épuisée dans la première mais la suivante me semble remplie de bonheur.

La maison de Cécile dans la Drôme est superbe. Les gîtes qu’ils sont en train d’aménager pourraient éventuellement accueillir les ateliers d’écriture. Parles- en à Claudine. Il y a pas mal de choses à visiter par ici c’est un lieu de culture alternative : sa mère enseigne le yoga et Pierre se lance dans la permaculture … Hier nous sommes allées déjeuner avec Patricia. Le toit du chalet est maintenant totalement isolé. Elle m’a présenté Cathy qui est tisserande et utilise essentiellement des laines islandaises. Elles sont teintes à partir de lichens et autres végétaux qui sont fixés par des produits non toxiques. Propose à Claudine d’aller visiter son atelier. La marque c’est HESPA et son mail hespa@vesturland.is, le site est super bien fait et ça a l’air trop cool !!

Sinon nous sommes rentrées par le Claps pour aller boire un verre dans le fameux resto où Julie a travaillé l’an dernier. C’est un chaos vertigineux où l’on ne comprend pas comment il a pu se faire hormis un big tremblement de terre très ancien. Ici il ne manque que l’eau, d’ailleurs fais en provision car cela fait une semaine que les températures sont caniculaires. J’envie tes bains d’eau chaude mais ici l’ambiance porte plutôt à la douche glacée !!

Bon, ma petite maman chérie, amuse-toi bien, profites de tes amies et des paysages et embrasse Claudine pour moi.

Je t’aime

Alice

LETTRE 4

BORGARNES                                                                                                    dimanche 28 mai 2017

17h

Chère Alice,

Pas de lettres de toi mais quel joli mail pour la fête des mères. Un voyage avec toi et Fatiha !! Quelle belle idée !! Je l’ai reçu à Stykkitrohen où nous avons récupéré le réseau.

Aujourd’hui nous sommes sur route et traversons des sites incroyables et bouleversants : premier arrêt Budir, c’est un champ de lave noire comme du réglisse et chaotique, décoré de mille lichens se déclinant de l’or au gris en passant par tous les verts possibles face à la mer, une petite chapelle de bois noir et son joli cimetière. Entre les pierres tombales j’ai aperçu émergeant du sable une petite pointe blanchâtre. J’ai d’abord pensé à un coquillage, l’ai ramassé et c’était une sorte de peigne espagnol os, nacre, ou ivoire ? Je ne t’ai pas dit que dans le groupe nous avons une andalouse Alba qui est à la recherche de son ancêtre viking !! Moi au début ça m’a fait sourire mais quand je lui ai montré ma trouvaille elle s’est mise à trembler puis à pleurer. J’étais plutôt ennuyée. Elle a repris ses esprits et nous a expliqué que sa mère en avait un identique : bijou de famille depuis plusieurs générations, il ne sortait qu’exceptionnellement du coffre, aucune inscription apparente. Devant son émoi je le plaçai dans un sac congélation et lui confiais. Dans ton langage ce pourrait être séquence émotion.

Notre périple nous a fait découvrir des paysages de mer et de volcans enneigés ainsi que des petits ports de pêche mais ce serait trop long de tout te raconter. Tu auras droit à une petite soirée diapo à mon retour. Lol !!!

Je rentre mardi, demain pas de séance d’écriture matinée libre à Reykjavik et après midi spa au lagon bleu.je t’entends d’ici rager !!

Je te fais des milliards de bisous ta maman qui t’aime

FLORIANE