Abécédaire – Marie M

A comme ailes parce que le fleuve est ta nuit en sourdine

B comme bleu parce que le soleil qui brillait dans mon ciel s’est étoilé

C comme couverture parce que nous pouvons maintenant nous arrêter

D comme démesure parce qu’aucune aile n’a poussé dans nos corps

E comme Eluard parce que j’étais au commencement des arbres

F comme figures de style parce que leur clan les a bannis

G comme Guernica parce qu’il n’a plus de mots ni de silences

H comme histoire parce qu’un corbeau éteint les orages

I comme italiques parce que je retire mon habit de résine

J comme jaillissement parce que l’amour bafouille dans un autre continent

K comme Kabuki parce que je lis mon silence enflé par l’odeur des cimetières

L comme liberté parce que l’eau est comme l’ombre

M comme mots parce que l’étoile verte a séché

N comme Nush parce que je m’éveille et m’endors au rythme de ton chant

O comme œuvre parce qu’il était seul dans un festin

P comme poésie parce que je suis ici, sans voix

Q comme quitter parce que je n’ai souvenir de rien

R comme recueil parce qu’elle aura deux palais pour s’enivrer

S comme surréalistes parce qu’il y a les langues d’une braise qui dansent sur nos cils

T comme texte parce que tu laisses ici la cendre de ton temps révolu

U comme unique parce que je ne comprends pas lorsque la pluie tombe

V comme vie parce que je me rappelle les ciseaux de l’accoucheuse

W comme wagon parce que j’éteins en moi la lumière

X comme xylophone parce qu’avant de naître j’ai vu l’univers pleurer

Y comme yeux parce que cette conscience aigüe me tuera

Z comme zeugme parce que les poissons grimpent aux mâts des eaux