Soliloque des mains de Vernon

 Froid du métal de la grille sur la peau. Vernon nous serre fort contre les barreaux pour se hisser et franchir l’obstacle. Hé ! fait mal ! La tension de l’effort tend nos nerfs et nos tendons ; ça brûle à gauche, là où une plaie à vif ne parvient pas à cicatriser. Et c’est pas demain la veille si Vernon continue à me bousculer, à me faire agir comme si nous étions au mieux de notre forme. Qu’est-ce qu’il attend pour couvrir la plaie avec un pansement. Pourtant, tu dois bien la sentir, cette fichue brûlure !

En marchant il balance ses bras et ses mains lourdement. Bon sang ! Ça fait un peu d’air frais, mais ça ne change pas grand-chose. Arrête donc de bouger ! Donne-nous un peu de repos, à nous autres, pauvres mains calleuses, que tu utilises sans le moindre égard, que tu écorches dans des gestes inutiles ou brutaux.

Tiens, voilà qu’il ouvre un robinet. Il nous met sous le jet glacial. Ouf ! voilà qui anesthésie un peu mes nerfs en fusion, ma peau malmenée. Allons bon, le voilà qui nous fait frotter son visage. C’est pas vrai ! ça me lance encore plus ! Des grains minuscules de poussière, des lambeaux de derme mort, viennent se loger dans la plaie. Aïe ! c’est comme si un petit cœur frénétique battait sous ma peau ! Ah si je pouvais me faire entendre de toi, Vernon ! Si je pouvais, je t’insulterais comme tu ne peux même pas l’imaginer. Faut dire que côté imagination, t’es pas trop fort, hein ? Tu agis comme un automate et t’oublies que ton corps est vivant, qu’il souffre !

Et allez donc, nous voilà à nouveau sous l’eau. Ouf, là il s’attarde et nous laisse profiter du froid qui calme la douleur. C’est déjà ça, mais qu’est-ce qu’il attend pour nous soigner. T’aurais l’air malin sans nous, sans tes deux mains, bien utiles tout de même ! Tu pourrais pas penser à nous rendre un peu de chaleur, un peu de tissu doux, un peu de protection ! Vernon, arrête de serrer tes pognes ! arrête de les cogner partout !

 

Au secours, je veux des tissus soyeux, des draps frais ; je veux des protections, je veux le calme après la tempête, je veux… je veux…

 

Dominique Benoist