Monologue du nez de Vernon

Vernon, quel enfoiré tu fais, pourquoi tant de précautions pour qu’on ne te repère pas? Tu peux te rafraichir, te frotter, te lessiver, te purifier ! Tu continues à exhaler une odeur fétide qui contrarie mes fragiles narines. Toute la journée et même la nuit je cherche vainement à me détourner pour aspirer quelques bouffées d’air frais avant de replonger en apnée savamment calculée dans les effluves immondes de tes vêtements puants. A chaque bouffée d’air qui s’approche de moi j’essaie de faire le tri… Toi tu peux entrer… non pas toi tu vas m’asphyxier! Bonne idée de te passer le visage sous l’eau fraîche, mais pour moi c’est une torture je ne peux respirer… je me noie sous l’eau. Soudain tu t’allonges dans l’herbe mouillée, moi, nez, je suis dans les étoiles ! La fraicheur de la nuit engourdie ton corps délabré… Tu respires moins vite… je me sens soulagé! Je peux ouvrir les deux narines qui aspirent avidement le souffle de la nuit chargée des senteurs qu’exhale la terre sous une bruine de rosée…

M.Odile Jouveaux

texte écrit en s’appuyant sur  un extrait

de Vernon Sullivan de Virginie Despentes