Jubilation du corps fantasmé

Il avait élu domicile dans cette masure envahie par les toiles d’araignée tissées de la rambarde d’escalier au plafond craquelé. La toiture rafistolée laissait filtrer la lueur crépusculaire. A l’étage il s’était aménagé une sorte de nid douillé d’où il pouvait observer la lune et les étoiles entre les poutres disloquées. Seul au monde, il écoutait le vent gémir en s’écrasant sur la lucarne déglinguée. Un soir, comme à l’accoutumé en entrant dans la pièce, il posa sa parka au pied de l’escalier, entama la montée de l’escalier pour rejoindre son antre, s’appuyant lourdement à la rambarde délabrée.

Soudain il sentit une main effleurer sa jambe. Levant les yeux sur le mur de briques écaillées, il aperçut une femme au sourire insondable. Il n’osa plus avancer. Il la fixa hésitant entre l’envie de fuir, et le désir de la toucher. « J’hallucine » se dit-il. La belle ne bougea pas, figée dans le temps et l’espace, sertie dans le mur.

L’homme s’assit sur les marches, se prenant la tête dans les mains, ferma les yeux et attendit.

Il sentit la main lui caresser le cou. De son cerveau embrumé par les vapeurs d’alcool, surgit un souvenir : Ce petit enfiévré et malade, couché dans un grand lit, caresse délicate d’une mère fantasmée.

Il s’endormit alors au pied de l’escalier balançant entre peur et félicité.

M. Odile Jouveaux