Transport à corps perdu.

Il ne reste que le parme de sa robe sur les murs. Souvent, je viens me souvenir dans cette villa délabrée.

Parfois, se superpose son portrait aux arcanes du passé. Mon regard se fond dans la tristesse de ses yeux qui semblent perdus, dans sa chevelure épaisse et noire qui se moire dans les moisissures du plâtre. Elle savait que nous ne nous reverrions plus. Alors je cherche à m’évader dans les ramures tombantes du genévrier, mais l’effacement m’envahit de nouveau. Peu à peu, mes souvenirs s’évanouissent, tout comme les rameaux et leur plongée vers la terre. Aucun détritus ne jonche le sol sauf celui de la profondeur de ma méditation. Je n’arrive pas, comme ses palombes, à m’évader, à m’envoler, alors je reste dans l’abstrait clair-obscur qui m’avale et m’envahit. Je refuse de me protéger dans l’embrasure de la porte, la flore y est trop luxuriante et me dérange, je préfère revenir au doux et amer souvenir de la dernière soirée que nous avons passé, et de nouveau, je me transporte à corps perdu, ne voyant plus que le parme de sa robe de soirée.

Olivier de Driadi