Monologue de l’oreille de Vernon

Le silence… il y a trop de silence; il faut absolument que les cigales recommencent à chanter !

Pourquoi elles se sont arrêtées d’ailleurs? Est-ce qu’elles ont perçu sa présence, malgré toutes les précautions qu’il prend?

Même les oiseaux dorment !

Escalader cette grille… quelqu’un aurait pu l’entendre! je suis bien placée pour savoir que des oreilles qui fonctionnent bien perçoivent des tout petits bruits… et celles des chiens, n’en parlons pas! vingt fois plus performantes que celles des humains!

Si les cigales faisaient leur boulot, tout serait plus facile… Surtout qu’avec cette blessure au pouce, sa main s’est affaiblie… malhabile ! il aurait pu glisser ! Quelle imprudence! je n’en crois pas mes oreilles…

IL y a une légère brise qui souffle sur les vignes… imperceptible, trop discrète…. Sa réussite dépend du silence…de son silence !

Il n’a pas le droit d’être ici… le lieu est privé, comme tant d’autres… un SDF est malvenu… s’il est découvert, il sera chassé !

Il est primordial que je sois attentive… au moindre bruit alentour, il faudra qu’il se cache… Mais il y a le sang qui bat dans ses tempes comme un tambour… trop vite, trop fort… je n’arrive pas à me concentrer… il a peur, je     le sais… et puis son ventre qui gargouille… il a faim ! faim et peur… décidément, pas facile pour moi de faire le tri parmi ses bruits internes !

Enfin l’eau ! ça y est, il y est arrivé! la figure y a droit… le front le nez… et enfin moi… j’avais peur qu’il m’oublie. Ça fait du bien !  la fraîcheur de l’eau sur mes lobes… dans mon pavillon… l’eau qui pénètre un peu en moi !

Je me sentais sale, peut-être un peu bouchée aussi…

Quelle aventure! et dire que ça recommence tous les soirs… on pourrait penser que ça me repose de retrouver le silence, après tous les bruits infernaux de la journée… les klaxons… les cris… les injures… le métro…

Mais non, le soir, c’est là que j’ai le plus de boulot ! pas de repos ! jamais ! je dois être au top de ma forme…

Je ne sais pas quand Vernon me laissera dormir sur mes deux oreilles… ce n’est sûrement pas pour demain !

Clarysse

texte écrit en s’appuyant sur  un extrait

de Vernon Sullivan de Virginie Despentes