Madame,

Voici mon dernier courrier à propos du confinement imposé et de la façon dont je l’ai vécu. En effet j’apprends ce jour, que nous allons bientôt pouvoir sortir à condition de se conformer à certaines règles de survie imposées par les plus hautes autorités de ce noble pays. Je tenais à vous informer de mon état général qui je crois ne sortira pas indemne de ce confinement imposé pour raisons sanitaires certes, mais maintenant j’en suis convaincue pour incurie des autorités à réagir vite et faire face au manque criant de matériel. Il est plus facile d’imposer le confinement en brandissant des menaces de morts épouvantables que de courir après les individus qui inconscients du danger bravent le risque réel de transmettre ou d’être touché par ce virus. Petite anecdote entendue sur les ondes et qui confirment en partie les raisons de ce confinement drastique : Un directeur d’ EHPAD expliquait qu’au début de l’envahissement du « covirus » bataillon 19, il avait réussi à se procurer quelques masques pour protéger le personnel et les résidents. Malheur à lui ! Un jour, il a vu la gendarmerie débarquer dans son établissement… Devinez, «  pris en flagrant délit de consommation abusive de masques de protection, en conséquence nous réquisitionnons tous les masques que nous trouverons dans votre établissement » L’histoire ne dit pas si les gendarmes ont couru après les soignants et les résidents pour leurs subtiliser leurs masques. La priorité c’est l’hôpital, disons ce qu’il en reste, alors les vieux ça passe après. Combien de morts dans ces « lieux de vie » ? Notre directeur furieux mais ingénieux mit en place une stratégie pour conserver les masques. Le bougre avait plus d’un masque dans son sac… Et pour ne pas se les faire « chouraver » par les gendarmes, il les planquait dans le coffre de sa voiture. Pas belle la France ? C’est plutôt rassurant, nous avons encore du bon sens et le génie de la dém…. ça au moins on ne nous le réquisitionne pas !

Pour ma part, (mais gardez le pour vous), j’ai trouvé une solution pour sortir démasquée, sans autorisation, presque comme avant quoi. Je sors la nuit ! sans gants, sans masques, juste avec ma tête qui se fragilise, et mon corps qui s’ankylose. Et durant mes escapades nocturnes j’ai fait une rencontre ! Devinez : il est triste, il ne comprend pas pourquoi personne ne lui ouvre la porte

-Est-ce que je peux faire un bout de chemin avec toi ?

-Ça va pas non ?

-Je marche juste derrière toi à 5 mètres si tu préfères.

-Non ! pas question ! pourquoi rodes- tu la nuit ?

-Parce que je rencontre des gens comme toi qui n’en peuvent plus d’être enfermés. Au moins je sais qu’on peut se parler de loin.

-Je n’ai rien à te dire sinon qu’il est temps que tu te barres pour que je puisse sortir à nouveau à ma guise le jour, la nuit

-Dommage, j’aime bien ton pays. Chaque jour ils inventent une nouvelle façon de nous chasser. Bon. on va se calmer, histoire de vous laisser sortir un peu plus librement et après on verra…

-Je rentre chez moi, ferme le portail et laisse moi tranquille.

Finalement cloîtrée dans ma casemate je me sens en sécurité. J’hésite à appeler le 15 pour leur signaler qu’il est à ma porte et qu’on peut l’attraper facilement.

Le lendemain soir, je me prépare à sortir. De loin je l’aperçois, assis sur le portail. Il me fait signe de la main (du moignon plutôt). Il me semble qu’il y a de l’agitation près de lui et soudain, ce n’est pas un mais 5,8,10 covids  petits et grands qui me regardent en souriant : « Viens, viens on va faire un tour », les petits sautent de joie, « on t’attend, on t’attend ». Tétanisée, je referme  précipitamment la porte, éteins la lumière, me cogne au mur, rate une marche et finis en vol plané sur le tapis de ma chambre. Je ne peux pas me relever, ma cheville me fait mal. Alors j’appelle le 15 vous savez le numéro miracle. Une voix doucereuse me répond : «  Ici le 15 covid 19 que puis-je faire pour vous ? » Je pleure de rage. Il me semble entendre des ricanements qui viennent de l’extérieur. Il paraît que lorsqu’on est trop longtemps seul, isolé, on est sujet à des hallucinations. Je crois que j’ai atteint le point de non retour. Au fond ce n’est pas trop grave. Ils m’interneront dans ces établissements où on vous surprotège, vous savez où on interdit aux familles d’entrer même si vous êtes à l’article de la mort. Si un jour on m’emmène en cette terre promise, je crois que j’invite mon copain covid. Moi il me laissera tranquille. Il pourra s’occuper des autres qui partiront tranquilles vers d’autres rives. IL y a longtemps qu’ils ont perdu la boule. Alors laissons-les s’échapper pour le dernier voyage. Et si covid part avec eux. Au moins on sera tranquille ! Que je sache on les compte sur les doigts d’une main (voire moins) ceux qui en sont revenus . Et puis la haut il aura de quoi s’occuper pour l’éternité !

M. Odile Jouveaux