Naufrage

Oh, je me sens lasse, si lasse, enfouie sous la couette tétanisée par ce truc, ce machin invisible, insaisissable. Le grand tableau, une mer démontée, face à mon lit, penche dangereusement, bâbord, tribord. Me voilà agrippée au bord du lit comme au bastingage du bateau emporté par les flots. Je n’échapperai pas à cette horrible nausée qui me scie les jambes et provoque des vomissements incoercibles que je tente vainement de diriger hors du bateau. Hélas, je n’ai pas calculé la force du vent qui me projette brutalement au fond de la cale.

Ce soir, je suis à bout, je ne résiste plus, j’abandonne le combat. Me voilà recroquevillée au fond de mon lit qui se balance violemment d’un bout à l’autre de la chambre. Seule, seule, je me sens abandonnée, isolée sur cette mer démontée. Déjà seule, j’aborde la phase « hallucinogène » dont ils causent à longueur de journée ! C’est bien, je ne bouge plus, je n’entends plus, ne vois plus, en route vers des eaux plus sereines.

M. Odile Jouveaux