Ex-voto

 Je suis assise dans une petite chapelle de la magnifique cathédrale de Bergame.

Sur les murs sont accrochés des ex-voto de pieds, de mains, de cœurs en métal argenté, rangés par catégories d’organes.

Mon père en avait déposé un il y a quelques années quand il avait été opéré et guéri de la cataracte, cet œil gravé sur sa petite plaque semble me regarder avec bienveillance, m’accueillant comme une rescapée après la tragédie qui frappa récemment notre ville.

Je tourne le mien entre mes doigts, fabriqués par mes soins, représentant une sphère de papier d’alu hérissée de morceaux rouges de canettes de Coca-Cola

J’en fus très fière, tout le temps de la confection, seule dans ma cuisine.

Aussi loin que je me souvienne, j’avais toujours méprisé cette stupide superstition qui consiste à promettre d’offrir à un être qui n’existe pas un objet aussi inutile que ces figurines de corps morcelés. « Mais une promesse est une promesse » a dit sévèrement mon mari. Et voilà.

Déguisée en infirmière — on m’a dit que je l’avais promis —, j’étais là dans cette église, embarrassée, me sentant ridicule.

J’avais ce vœu à accomplir puisque je venais d’échapper à la mort.

De mes premiers symptômes, je n’en ai aucun souvenir.

L’appartement dans lequel on m’a trouvée, inconsciente et respirant à peine, a été depuis incendié par les voisins par crainte de la contamination. Cette boule de papier d’alu retrouvée dans les décombres est tout ce qui me reste du monde d’avant.

 

Danielle Fayet