26 avril 2020  Lettre à ma Psy (2)

Madame,

Le 16 mars dernier je vous faisais part de mes états d’âme à propos de cette situation inédite qui nous oblige à nous tenir loin les uns des autres, à se masquer, se ganter, se camoufler pour éviter tout risque de contamination pour nous et pour les autres. Je vous racontais ce que j’avais observé et me demandais si j’étais encore saine d’esprit en constatant les réactions de mes compatriotes autour de moi. Je vous ai raconté l’épisode du trou creusé dans le jardin de mon voisin. J’y pense maintenant… peut être est-ce un abri anti virus. On a bien eu la période des abris anti nucléaire. On voit de tout vous savez ! Figurez–vous que jusqu’à ce jour je n’ai toujours pas élucidé le mystère. Les travaux sont à l’arrêt ! Profitant de mon droit de balade (1km autour du domicile), je me suis promenée du côté de la maison du voisin excavateur. J’ai pu constater, qu’il n’y avait pas de panneau signalant un permis de construire. J’en concluais qu’il ne s’agissait pas d’une piscine. A moins que…Bon, loin de moi l’idée de nuire à ce voisin mais comme je vous l’expliquais dans ma précédente missive, je préfère vivre près d’un  cimetière que près d’une piscine. Les morts ne se baignent pas en criant, en ricanant en sautant dans l’eau toute la journée. Je reste sur ma faim. Je ne vous en dirai pas plus sur ce trou béant soigneusement achevé avec des agglos parfaitement alignés. Beau travail ! Côté fait divers il y a du nouveau et c’est du lourd !! Mon village a été le théâtre d’un crime ! Oui, Madame, je dis bien un crime. On a retrouvé le corps d’un homme poignardé sur le trottoir de la Grand Rue. On n’en sait pas plus ! Enfin c’est ce qu’on nous fait croire, mais moi j’ai ma petite idée. En ces temps de pénurie, les individus un peu fragiles paniquent. Je vous expliquais dans ma précédente lettre avoir constaté au supermarché une pénurie de papier toilette. Je constatais que certains clients remplissaient leurs caddies de cet article. Les rayons vides sont anxiogènes ! Alors comment s’approvisionner en papier toilette ? Tout simplement en créant un réseau économique sous terrain. Ce qu’on nomme en temps de guerre « marché noir ».Et sous le manteau, je te revends un rouleau de PT (deux si famille nombreuses) au prix double de celui du cours du jour ! Même chose pour les masques On organise la pénurie, on entretient le doute, on fignole la panique, le client terrorisé en vient à se fabriquer lui-même son propre masque avec ce qui lui tombe sous la main J’en ai vu un qui portait fièrement sur le visage une bouteille de coca  qu’il avait soigneusement découpé dans le sens de la hauteur pour se couvrir le visage du front au menton ! Pour en revenir à l’énigme du crime de la Grand Rue, je crois bien que nous avons affaire à une bande organisée qui pille les derniers stocks  de papier toilette pour les revendre. La victime trouvée poignardée tenait à la main, un rouleau de papier toilette. Pris la main dans le sac, il n’a pas eu le temps de dire ouf ! C’est pressé ! Au moins voilà un consommateur qui n’aura plus besoin de ce papier devenu rare et précieux. Il existe donc un gang du PT. Est il opposé au gang des masqués ? Et la police qui n’arrive pas à les démasquer.

Guerre des gangs sur le plateau. Ajouter à cela le voisin qui creuse, qui creuse… louche très louche. Voilà la situation en ces temps perturbés, on s’occupe comme on peut. Je vous préviens dès qu’il y a du nouveau.

J’oubliai, on a arrêté trois suspects impliqués (peut être) dans le trafic de PT. Ça tombe mal pour eux, car pour éviter le confinement dans les prisons on a trouvé une solution radicale : on libère des détenus pour éviter le développement de la pandémie dans la prison surchargée. Mieux vaut donc qu’ils soient dehors ! C’est plus sûr pour éviter la propagation du virus, on les confine dehors ! Comprenne qui pourra. On a coffré les trois gugusses. Mais là, l’établissement pénitencier a gagné au change. En effet, depuis l’arrivée des compères le personnel portent des masques et on dispose de PT à volonté ! Suffit de se brancher sur le bon réseau ! Ce n’est pas difficile tout de même.

Marie Odile Jouveaux