Aux confins du corps

Virtuel

La subjectivité de notre regard reste virtuelle,

Fût-elle, marquée par l’empreinte de nos aînés.

Il y manquera toujours une profondeur spirituelle,

Malgré notre éducation morale, esthétique, malgré, malgré…

 

Actuel

Qu’il eût été sage pour l’homme d’avoir acquis la paix de l’âme,

Car son activisme effréné est bien mis à mal, ces jours de pandémie.

Et si, le temps lui semble long, rapide est l’heure qui l’approche du drame,

Heureux donc, le serein actuel dont la réserve, lui vaut autonomie.

 

Silencieux

Qu’il fut silencieux, quand il pénétra dans le sillon de nos veines,

Traversant continents, par-delà mers et montagnes,

Sans que nos corps n’ouïssent nul murmure, jusqu’à ce que survienne

La fulgurance de ses attaques, jusqu’au fin fond de nos campagnes.

 

Masqué     

 Une vague en masque une autre, lorsque le voile l’empêche d’arriver.

Car même, mon aquilin, mon Cyrano, couvert comme le masque d’un mât,

Ne peut éviter cette funeste bise. « Ils n’ont pas eu le temps de masquer, »

Crièrent les capitaines, et les vagues déferlent nous emmenant au trépas.

 

Raisonnable

« Être raisonnable en toutes circonstances », disait Raymond Devos,

« Il faudrait être fou ». Reste maintenant à expliquer, la nature du raisonnable,

Préserver le corps de l’humanité n’est pas, action d’un autre cosmos.

La maxime est-elle raison, car à ce jour, agir avec folie est fort déraisonnable.

 

Digital

Tenir la main, faire des câlins, la marge est devenue restreinte.

La terreur est maintenant incarnée, et mieux vaut, ne pas la toucher du doigt,

Ne serait-ce que le temps, qu’elle dépose son empreinte.

A l’heure du digital, il convient plus de prendre son clavier pour faire contrepoids.

 

Sourcilleux

C’est avec l’air sourcilleux, que le monde voit venir ce virus,

Cet ennemi qu’il devine sombre, sans que rien ne l’adoucisse.

« Nos pertes seront lourdes, mais sa victoire n’en sera qu’à la Pyrrhus, »

Dit-il, l’arcade froncée par l’ire et le sacrifice.

 

Abstrait

Nul ne saurait en faire l’autoportrait,

Sans dévoiler les laideurs de ses machinations.

Aucune couleur ne pourrait peindre ce violent abstrait,

Sans qu’on ne le traitât, d’infâme abomination.

 

Olivier de Driadi