Picasso et Prévert

-Avec toi Pablo, c’est avec toi que j’aimerais me confiner.

-Barbara n’apprécierait peut-être pas…

-Confiner, seulement confiner, faire un peu la grasse matinée, qu’y a t-il de mal à cela ?

-Dis-moi, Jacques, toi, le lettré ; confiner, c’est un mot étrange, non?

-Etrange en effet, étrange et étranger, dû à un étrange ennemi.

-Fernande, la pauvre, y perdrait son latin…

-Guernica, tu connaissais… c’était une terrible bataille, mais l’ennemi au moins, on le connaissait !

-Ho que oui ! cette guerre je l’ai peinte, mais comment peindre un invisible ennemi ?

-Injustes, bêtes et cruelles ; ainsi sont les guerres. Mais qui est Corona?

-Kafkaïen… monde étrange et angoissant.

-Le charnier de Guernica n’était rien comparé à celui de Corona.

-Madrid, Barcelone, Malaga, aucunes ne seront épargnées.

-Ne soyons pas si sombre, les histoires de cercueil, c’est triste et pas joli

-Oui, tu as raison, je ferais mieux de prendre un verre d’absinthe.

-Peut-être peux-tu peindre? peindre les couleurs de la vie?

-Que pourrais-je faire d’autre ? la peinture est ma meilleure arme contre l’ennemi.

-Restons optimistes, nous retrouverons bien nos grands bals de Printemps..

-Sais tu que je t’envie d’être un si grand rêveur; le rêve souvent nous sauve.

-Tu viendras dans ma maison et tu verras que je ne fais rien, enfin rien de sérieux, je ne fais que rêver.

-Un surréaliste?

-Veux tu peindre mes rêves?

-Wagner l’aurait fait mieux en musique.

-X, Y ou Z…Wagner, Braque ou Picasso, peu m’importe..mais sais tu ce qu’est mon rêve le plus beau?

  Y retourner un jour, au grand bal de Printemps, et tout le monde de boire, tout le monde de trinquer!

-Z…(Pablo s’est endormi, assommé par l’absinthe.)

Clarysse