Harpagon et Françoise Sagan

Un dialogue impossible :

-Alors vieux barbon toujours décidé à me faire payer ma dette envers le fisc ?

-Bien sûr , plus que jamais et avec les intérêts ça va aller chercher loin ( il se frotte les mains)

-Comptant, tu sais bien que je ne peux plus.

-Dire que tu as tant gagné !! J’en tremble; qu’as-tu fait de toute cette richesse , hein ? (en chuchotant) Ne l’as-tu pas dissimulée quelque part, en un lieu secret en Suisse…

-Et pourquoi pas au Luxembourg, (criant plus fort) à Singapour, aux Bahamas !!

-Faudrait voir à pas être ironique,(menaçant) on ne plaisante pas avec l’argent

-Grippe sous , rapace, pillard, (riant) pauvre petit ; ta vie ? Bonjour tristesse

-Ha, ha ! Nous y voilà ! Moi mon cœur bat la chamade avec un certain sourire à la vue de coffres forts bien remplis,de caisses bien garnies ; je suis heureux , heureux !

-Incorrigible racle-denier,tu vendrais tes enfants si tu le pouvais! Médiapart et Marianne n’ont ils pas révélé ton activité d’usurier sous un prête- nom et tu voudrais me faire la leçon !

-Je suis innocent, innocent te dis je ! Ce n’est que ragots; (plaintif) je suis veuf et je dois assurer l’avenir de mes chers, très chers enfants

-Kabbale ou pas , t’es un kaira comme les autres; tu fouilles pour thésauriser, si encore tu redistribuais les richesses, mais non, tu amasses, c’est tout ! Moi au moins je partage, je donne aux quatre coins du cœur

-Libérale ça oui, mais pas au sens où moi je l’entends, tes largesses t’ont perdue. A t-on jamais vu jeter ainsi son argent?! Quand il peut être notre garde du cœur,que son spectacle peut nous ravir  , pas dans un mois, dans un an, mais tout de suite là ah …(au bord de la jouissance)

-Monstre d’égoïsme, toxique, la laisse de l’avarice t’étouffera !

-Naturellement tu te crois charitable, mais (perfide) que laisseras-tu à ton fils Denis? N’as-tu pas oublié tes devoirs de mère ?

-Ombrageux vieillard, ignoble vautour (fatiguée) ne peux tu laisser en repos mes bleus à l’âme, mon orage immobile; tu n’es pas une flèche en sentiments, ils ne seraient pour toi que chagrins de passage, ils sont pour moi comme un lit défait

-Pardon, (ironique) madame fait ses yeux de soie , elle nous la joue Petite robe noire bien proprette; mais finis les faux fuyants, les châteaux en suède (excité) tu paieras !

-Quel mesquin ,tu es pingre en tout, sec, triste comme une bouteille vide. Ne sais-tu pas qu’il est des parfums qui enivrent, des billets magiques, des chiffres huit miraculeux, des amours singulières et des amitiés durables ?

-Ravi d’apprendre que tu as brûlé ta vie en la dilapidant mais maintenant il faut payer, (exalté) payer te dis-je !

-Surtout pas de cris, (lui tournant le dos) Où se cachent mon miroir égaré, la robe mauve de Valentine, (la voix est plus faible) Peggy où es-tu…

-Tragédie de la vie…..(se reprenant ) oui … eh bien il n’empêche, vous recevrez sous peu la visite de l’huissier

-Utilité de la force de la loi ! ( se retournant en le regardant dans les yeux) vos millions ne vous serviront de rien; les miens m’ont grisée, m’ont emportée loin à la vitesse du vent, Jaguar, Ferrari, Aston Martin que vos noms soient gravés à tout jamais dans ma chair

-Virage raté rappelez-vous

-wagon-lit, wagon- restaurant (continuant comme dans un délire) emportez moi loin, très loin, je ne renie rien (elle parle à présent seule)

-Xérès vin des îles lointaines, apporte moi le bonheur, imper et passe

-Yam’s, carré d’as, suite et full

-Zoroastre adorateur du feu je te salue, Avec mon meilleur souvenir……Et toute ma sympathie

…….(il se retire sur la pointe des pieds)

 

 

 Petit jeu subsidiaire : où se cachent les 23 titres d’écrits de Sagan

Josette Emo