Le rasoir

Monsieur le ministre de la santé,

Mars 2050

Monsieur,

Je sais par les réseaux sociaux que le cas de mon frère n’est pas unique et que depuis le début du confinement décrété par Monsieur Le Président et mis en application par vos soins dès le 16 mars 2020, que des comportements étranges et tout à fait inattendus, vous sont régulièrement remontés tant par la voie officieuse, qu’officielle. Le stigmate le plus visible, se traduit par sa pilosité tout à fait inhabituelle et excessive. Faut dire, qu’il se ravitaille au seul ‘market’ disponible dans le kilomètre autour de son habitation, et que celui-ci n’étant pas ravitaillé depuis près de trois-cent soixante mois en lames à rasoir, ni même en rasoirs électriques et qu’il avait préalablement comme tant d’autres, fait don de ses ciseaux aux C.H.U régionaux pour que les infirmières puissent couper en de multiples endroits et sur de multiples personnes la chaine virale du Covid 19 qui se ressoude au fur et à mesure. Faut dire par ailleurs que, vue la concordance avec le dérèglement du climat et des températures qui avoisinent les 45° degrés constants, que mon frère, comme bien d’autres de vos citoyens, a laissé tomber tout port de vêtements depuis fort longtemps, qu’il a comme ces derniers, une allure simiesque à s’y méprendre. Attendu donc, que le couvre-feu total est en vigueur depuis vingt-neuf ans et que nous ne sommes plus très nombreux sur cette terre, il conviendrait de raser une bonne fois pour toute, cette vermine de chasseurs de grands singes qui bravent, comme vous le savez, Monsieur, toute sorte de confinements. Il m’est avis également que s’il y encore du budget disponible pour la recherche d’un traitement contre le coronavirus, qu’on en consacre, même une part infime, à la relance du rasoir, car ce dernier serait certainement plus efficace que les ciseaux pour couper la chaine virale et sauver mon frère par la même occasion.

Espérant, Monsieur le Ministre de la santé, qu’au travers de votre opulente toison vous puissiez lire mon humble requête, je vous prie de croire que vous aurez mon prochain suffrage.

PS ; j’ai mis ce courrier sous blister plastic, il vous suffira de le désinfecter simplement à la mousse à raser qui elle, ne manque pas.

Olivier de Driadi