Funny dream

Une image peut en cacher une autre. Cette foi, c’est le tableau de Christophe Ronel – Bazar californien – qui avait captivé mon attention, sa vision nocturne de San Francisco, l’effervescence des années soixante-dix, la libération des mœurs, la fête permanente, la débauche des couleurs, le baroque des enseignes publicitaires, le mélange des gens, le mélange des cultures, les outrances de toutes ces années qui ont marqué ma jeunesse, et puis le crasy frisco dream tour, cette succession de tramways qui croisent la ville en tous sens ou encore leurs passagers qui en sautent alors que les machines ne sont pas à l’arrêt. Je ferme les yeux et zoome mentalement sur le tram du tableau, j’y suis mais, paupières closes, se dessine distinctement la vision d’une autre place… soudainement je fais un bond en arrière effrayé, je n’ai pas entendu la cloche du tram qui a bien failli me percuter. Je suis stupéfait, ce dernier ne semble respecter aucun code de circulation, il traverse à vive allure la place centrale de Bruxelles, et il n’est pas seul, d’autres le croisent, le précèdent ou le suivent, et puis tous ces taxis jaunes qui slaloment entre les trams et les pauvres voitures qui s’engagent dans ce nœud gordien de la grande place ! et pourtant c’est la nuit comme dans la peinture de Ronel. Il doit être même, près de minuit et il y a encore foule sur les trottoirs, les couleurs carnavalesques, bleus métallisés des trams, jaunes criards des taxis, orangers des cars de touristes, bigarrés hétéroclites des enseignes de magasins et des pubs qui encerclent la place, me donnent une sensation d’effervescence. Je me sens aspiré par toute cette ambiance, j’ai l’impression qu’ici, les gens ne dorment pas. Je rentre dans un café et l’enchantement continu, il est toujours aux environs de minuit et comme tous les autres, ce pub est bondé. Partout, il y des machines à sous avec leurs bruits caractéristiques des leviers que l’on baisse nerveusement, des pièces que l’on glisse dans les appareils, de la dégringolade des jetons et puis je n’en reviens pas, il est toujours minuit et je constate que les joueurs pour les trois-quarts ont tous passés la soixantaine et que la bière coule à flot. Le quart restant de la clientèle, dans un contraste non-dérangeant sont des pattes-d’eph et pelles à tartes qui rient en brassée. Y-a de l’ambiance nom de dieu !  To be crazy about.

Olivier de Driadi