Transport

Arrivée en gare, le train du matin est bondé. On se presse pour sortir les premiers, courir, voler, attraper le métro. Il y a quelques années on s’interpellait, haletant, aujourd’hui, c’est plus pratique on est branché, écouteur dans les oreilles, on parle tout seul, on se bouscule, les valises suivent leurs propriétaires cahotant à droite à gauche dans une valse désordonnée et rythmée par le bruit des roulettes qui n’arrêtent pas de tourner.

Sortir de la gare, s’engouffrer dans la gueule grande ouverte du métro qui avale goulûment cette cohue grouillante, foncer dans le tas pour virer dans le couloir de gauche, lumière jaunâtre, odeur pisseuse, petite musique tzigane, vendeurs de primeurs à la sauvette, clochards à même le sol, recroquevillés sous une couverture crasseuse. Et cette foule qui court, qui court ! Arrivée sur le quai bondé. La rame sort du tunnel noirâtre, ses gros yeux glauques balaient le quai. Arrêt.

Des agents d’ambiance se postent aux portes qui s’ouvrent et dégueulent les voyageurs éjectés de la rame.

Poussez-pas, laissez sortir !

Une place se dégage, dix personnes se précipitent tentent leur chance. Une seule entrera. Sonnerie insistante indiquant la fermeture des portes, la rame quitte le quai avec son stock de passagers collés aux vitres, entassés pèle mêle.

On attend sur le quai qui se remplit à nouveau de passagers toujours branchés soliloquant avec eux même, peut être avec un correspondant invisible.

Une mère rassure son petit garçon haut comme trois pommes qui ne veut pas monter dans cette boîte de conserve roulante. Imaginez ce qu’il voit ! Comment peut-il respirer ?

Allez, vas-y cette fois ci c’est à nous, la mère pousse l’enfant dans la boîte, il se retrouve écrabouillé contre la barre métallique, accroche sa menotte au plus bas, lève le nez pour humer un peu d’air qui embaume l’eau de toilette bon marché et quelques relents de café   bu hâtivement, debout, le bol dans la main droite, le téléphone dans la main gauche.

Le petit a des nausées, maman lui sourit, enfin si on peut dire, « ça va aller, ça va aller ». Les grands autour ne le voient pas, ils tiennent tous à bout de bras ce petit écran qui s’allume, qui clignote, ils sont tellement serrés qu’ils lèvent le bras en l’air et lisent avec attention ce qui défile sur l’écran qui bipe, qui sonne, qui couine. Ahurissant cette forêt de bras levés vers le ciel avec ce boitier lumineux, magique, qui fascine chaque individu comme une mouche captivée par la lumière.

De son observatoire, l’enfant ne voit que les bras avec une lumière au bout de la main ! Non, non, ce n’est pas une étoile qu’ils portent au bout de la main.

Dis maman, c’est quand qu’on arrive ? Vite, vite j’ai mal au cœur.

M. Odile Jouveau