Travelling…

Vue rasante au-dessus de la ville promontoire au sommet de la rue tortueuse, le cable-car nous a déposés. Nous y sommes, c’est San Francisco. Nous sommes légers, immobiles, les mains sur la rambarde, nous ne nous parlons plus, nous regardons. Vue plongeante sur les maisons colorées qui bordent les lacets, allons-nous descendre là, maintenant ? Non ! d’abord vue panoramique, la tour, les bow-windows des five sisters, les bruits qui montent, vrombissement des voitures qui resteront peut-être suspendues entre le replat et la descente à pic, bruits métalliques des crémaillères, brouhaha de la foule qui se pousse dans les magasins, musique criarde des cafés en terrasse. Il fait chaud mais des jeunes femmes, jupes noires, vestes cintrées et collants, badges en bandoulière sortent des immeubles de bureaux climatisés.

Le regard se soulève, au loin, légère brume de mer qui semble vouloir avaler toute la ville, bientôt la vue du port va s’estomper, disparaître peut-être. Je me fixe sur ces tours bleues en encorbellement, fenêtres à guillotine cerclées de blanc, enseignes lumineuses clignotantes et là-bas les porte-containers qui se croisent. La baie de San Francisco, son pont de feu repeint sans cesse, construit pendant la crise lors de la politique des grands travaux. Où vont-ils ces immenses entrepôts flottants ? Que portent-ils ? Transports trans pacifique pour un échange vers l’Asie, renversement des grandes lignes occidentales, changement des données du monde. Cours ! Le vieux monde est derrière toi ! La brume de mer progresse sûrement, estompe les piliers du pont, on ne voit plus que leur base, la corne de brume retentit dans le lointain comme sur toutes les côtes du monde. Bruit familier et dépaysement total, sons assourdis, arrière des paquebots qui partent et reviendront. French line de l’atlantique.

Les mers se ressemblent, mouvements de va et vient, départs et rebours. Attente identifiée.

Emmejio