Béances

Le trou est là, les grues aussi, pelleteuses et camions-bennes. Les halles meurent accompagnées par les pleureuses hautes en couleur et au turbin. Swetlana a fait un rêve, Paris dans les pas et les bras de York qui l’a déposée à l’angle de la rue St Denis et la rue des Halles. Des cageots colorés jonchent le sol, des grappes de raisins se répandent aux pieds des consommateurs furtifs – RECUPERATION pour nourrir la famille. Swet rêve : le client doit dans l’ordre, manger, pisser, baiser. Elle se transporte à Marseille. Le port, l’odeur du poisson chauffé et le quartier chinois rouge et noir. Ici aussi les lampions tuent la discrétion. Les vendeurs chinois ne la consomment pas, ni elle ni ses collègues. Assis à même le sol, sur leurs talons, ils tendent la botte de citronnelle à bas prix pourtant forte en senteurs. A cet’heure, dix heures, cinq clients. Si je reste jusqu’à 10h du soir et sur ce rythme la journée sera bonne ! J’ai bien fait de laisser mes longs cheveux auburn tomber sur les épaules, mes lèvres rouge sang me transforment en croqueuse, l’œil charbon est une mine de séduction. Quand le trou sera bouché, que la migration des engins de chantier s’achèvera, où ira-t-elle ? York n’a rien dit. La cacophonie urbaine étourdit Swetlana. La vie exulte, sauf pour elle.

RMQ