Cut-up

Chère Isadora,

 

S’il te faut repartir, prends appui contre une maison sèche,

Suis la route rouge pour arriver au château à vendre. Des bêtes d’une élégance fabuleuses y circulent ;

Remonte au hameau sans coq, les nuées s’y amassent, dans la cathédrale un lac monte, une petite voiture abandonnée descend le sentier en courant ;

Il y a là, enfin, quand on a faim ou soif, quelqu’un qui vous chasse.

***

S’il te faut repartir

Sois le piéton de la grand-route, celui qui voit longtemps la mélancolique lessive d’or du couchant,

Sois l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer,

Sois le conquérant du monde mené par l’héroïsme de la découverte

Sois le voyageur entouré de lumière diluvienne.

***

S’il te faut repartir

Mets-toi à la place des dieux et regarde-toi, idole aux yeux noirs et crins jaunes, fille aux lèvres d’orange, sultane au corps sarclé et à la démarche hydraulique.

***

Est-ce toi, la petite morte derrière les rosiers ? La petite étrangère doucement malheureuse ? La dame qui tournoie, plus noble que la fable ?

Ton âme est éternelle malgré la nuit seule et le jour en feu ;

Va, de cap en cap, de la foule à la plage et, sous les marées et au haut des déserts de neige, deviens un opéra fabuleux.

Danielle Fayet