A mon père

monotype au brou de noix (travaillé sur plaque de verre).

Mon père.

Je vous écris d’un pays lointain, voyez la photographie de l’endroit où je campe. Vous avez connu Fernandel, et la vache et le prisonnier, moi, je suis libre comme l’air, et à ma plus grande surprise, c’est une vache locale, pour sûr égarée, qui est venue dans le paysage. J’ai trouvé le moment insolite, alors, j’en ai fait un cliché, car c’est en effet le seul être vivant que , depuis six heures que je grimpe, je rencontre, à part un aigle, peut-être, que je n’ai su distinguer.

Regardez père, comme la neige est bleue par endroits quand elle est posée, immaculée sur la calcite. Je n’entends pas un bruit et me rappelle vos histoires, quand vous rentriez de Tignes dans les Alpes, vous me disiez les silences que vous aimiez tant et que, malheureusement, au petit matin, les machines venaient rompre, provoquant des échos assourdissants.

J’aurais tant aimé que vous m’accompagniez dans cette région pré-himalayenne où défilent les gouffres vertigineux et les sommets vierges du pas des hommes.

Demain matin, je franchirai à gué la petite rivière sous les yeux médusés de la vache. Elle, qui venait tout juste de se faire un ami ! Et puis je grimperai, crampons et piolet pour mon premier solo.

Ah ! Regardez bien sur la photo, entre les deux collines anthracites, trace d’un vieux volcan éteint depuis des siècles, il y a un petit canyon. C’est ici, que l’on a retrouvé la An an an. Elle est conservée précieusement au musée de Katmandou. Elle raconte l’histoire, dans sa transcription moderne, d’un barde probablement devin ou prêtre de la paix Um et de l’espoir Oi, à la conquête de An an an-Man, la montagne blanche. Je vous ramènerai une gravure de cette pierre, c’est vertigineux, elle daterait des années 400 à 450.

Voilà mon père, je vais maintenant me reposer et plonger mes mains dans l’eau fraîche de ce petit torrent et profiter encore un peu, des silences que nous aimons tant.

Votre fils.

D. D’O