Rêve de Marcel Proust.

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C’est le printemps. Marcel a revêtu sa redingote du dimanche, relevé son col de chemise et brossé ses chaussures. Il a rendez-vous avec des amis pour le salon du Banquet où il vient de publier un article qui fait grand bruit. Sa rupture avec Marie de Bénardasty fait jaser sur ses sentiments et affinités pour la gent masculine. Depuis longtemps, il s’est fourvoyé dans ses écrits et passe pour un snob et dandy. De plus, Jean Lorrain l’a provoqué en Duel quand il a écrit « le plaisir et les jours » … car trop osé et libertin, il défrayait les chroniques. Un affront qu’il aurait préféré régler dans une partie de Polo plutôt qu’au pistolet. Heureusement tout se termine bien et il est bien décidé à reprendre ses activités en participant à ce salon. Et malgré son appréhension pour la critique il se sent envahi d’un sentiment nouveau à l’idée de rencontrer Anatole France dont Marie lui a parlé.

Lorsqu’il arrive sur place, la scène et le décor ont changé, son ami Daudet a organisé un pique-nique festif. Sous des pommiers en fleurs est dressée une table à l’abri d’une verrière. Les notables et amis, dont Charles Grandjean, Gaston et Madeleine Lemaire à qui il est attaché, sont habillés en costumes féériques de carnaval avec masques vénitiens. Son ami, Alphonse Daudet revêtu d’une peau de chèvre est là et l’invite à s’assoir en levant une chope de Bière à sa santé. Les moqueries foisonnent sur sa tenue. Il s’assoie et croise alors en face de lui le regard d’une femme habillée en Cygne Blanc, celui de Jeanne dont il est amoureux en secret. Celle-ci esquisse un sourire. Marcel se souvient que tiraillé entre le désir d’écrire et ses nombreuses activités mondaines pour se faire connaitre, il n’a pu déclarer sa flamme à cette femme qu’il avait croisée au salon de Madeleine Lemaire. A cet instant, les invités qui festoient autour de gibiers et cochonnailles, se lèvent et chacun d’entre eux déchire et lance en l’air les morceaux d’un manuscrit, celui que Marcel vient d’écrire et crie : « A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Inutile, inutile, c’est trop tard ! quel scandale ! ». Tout à coup, Marcel se sent défaillir, pris par un malaise. Les corbeilles remplies de fleurs dégagent un pollen qui lui donne une sensation qu’il a déjà éprouvée dans l’enfance quand il a cru mourir. Le souffle coupé, il suffoque et s’évanouit ! Lorsqu’il se réveille. Jeanne habillée en infirmière est assise à ses côtés, lui tenant la main. Elle pose un baiser tendrement sur son front. Ses amis le relèvent et l’entrainent alors en fanfare avec tous les honneurs vers une salle remplie de lumière. Là, un photographe a été convié, tout le monde se regroupe autour de lui. Il se demande alors s’il rêve ou si c’est une plaisanterie. Lorsque Marcel voit le cliché, il découvre que tous ses amis sont en habits de noces pour célébrer un mariage, le sien avec Jeanne. Son malaise n’était qu’un vertige Celui des feux de l’amour ardent qu’il avait ressenti lorsqu’elle l’avait embrassé. Il est partagé entre un sentiment plein d’amour naissant et le libertinage auquel il devrait renoncer. C’est alors que Marcel se réveille, trempé de sueurs froides, la plume à la main.

Mthé