Le rêve de Simone de Beauvoir

Au début de son rêve, Simone a cinq ans. Elle est un petit garçon, ravi de son costume marin et de la fierté qu’il voit dans les yeux de son père. Ils se promènent au parc Monceau. C’est le printemps. Des castors se poursuivent joyeusement dans les plates-bandes. Brusquement, il se met à pleuvoir. Père et fils courent se réfugier dans leur appartement. Sur une étagère se trouve un képi de polytechnicien. Le père de Simone lui dit : « C’est le tien. »

Simone, désormais adulte mais toujours garçon, participe à un défilé militaire. Tandis qu’elle marche au pas, ses compagnons s’éclipsent peu à peu et elle se voit entourée d’une foule qui crie « Paix en Algérie ! ». Parmi eux Jean-Paul Sartre brandit un petit livre rouge. Tous les manifestants regardent Simone avec colère.

Alors elle crie qu’elle est devenue une femme. Aussitôt une cohorte de jeunes filles l’entoure. Elles l’embrassent, la couronnent de lauriers. Sartre retrouve sa bonne humeur. Boris Vian apparaît au volant d’une quatre-chevaux jaune vif et lui dédie un poème. Suit un tourbillon de visages aimés, d’hommes et de femmes avec lesquels elle a vécu des moments passionnés. L’un d’eux lui tend un diplôme. Elle s’en saisit, lit « Prix Goncourt » et tente de cacher la feuille à Sartre qui l’observe d’un œil jaloux.

Un avion surgit dans le ciel. Il traîne une banderole sur laquelle on peut lire : « Droit à l’avortement ». Simone applaudit malgré ses parents arrivés près d’elle et dont les remontrances deviennent assourdissantes. Pour s’en libérer, elle s’enfuit et se réfugie à la Rotonde. Elle y rencontre Fidel Castro et Che Guevara, avec lesquels elle partage un mojito. Elle leur affirme qu’elle est un homme, mais ils se mettent à rire avant d’entonner l’Internationale. Des lampions s’allument, l’orchestre de l’Armée Rouge se joint aux deux chanteurs.

De l’autre côté de la rue des bourgeois et des curés vocifèrent. Alors Simone, Sartre et leurs amis érigent une barricade de livres et en bombardent leurs assaillants, dont la débandade est accueillie par les hourras des amis du Castor.

Enfin, une lune rouge monte dans le ciel et le mot « adieu » s’y superpose.

Dominique Benoist