Le rêve de Colette

The Valkyrie’s Vigil par Edward Robert Hughes (1851-1914)

 

De son « lit radeau » elle observe, immobilisée par une arthrite de la hanche, elle se dilue doucement dans la vague quiétude du rêve éveillé, qui bientôt l’entrainera de l’autre côté du miroir, de là d’où on ne revient pas.

Elle observe le chef d’orchestre, debout la chevelure hirsute, sa baguette magique entrainant dans une folle ronde, les walkyries qui embarquent sans ménagement « le joyau tout en or », course effrénée entre ciel et terre, océans et forêts. Soudain tout devient calme. Jardin fleuri, chaleur d’été, fin de journée. Claudine apparait. Assise auprès de Colette. Elle attrape à la volée les feuilles manuscrites qui voltigent autour des deux femmes : Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s’en va.

Colette se lève, quitte le jardin, ferme le portillon, s’éloigne laissant trainer une dernière feuille « Adieu ! Colette ». Claudine la ramasse et la tend à Willy, le chef d’orchestre : on n’enchaine pas les walkyries.

La vagabonde se mue en artiste. Menant de front la pantomime, la belle transgresse les interdits. Rien ne lui résiste. Elle butine goulûment, choisit, rejette, elle vole littéralement du Music-hall vers ses amants, de ses amants vers ses amantes, tous forment une ronde autour d’elle, l’effleurent, la caressent, rien ne la retient, elle s’échappe emportant son écritoire, jouant la partition, toujours plus haut, toujours plus loin, « En Tournée », à « L’Envers du Music-hall ».

Colette se mue en mariée. Déguisée en mante religieuse, elle accueille en souriant ses amants, ses maris, ses compagnes qui se pressent autour d’elle. Elle distribue les bons points, se mue en critique littéraire. Une musique s’invite : « L’enfant et les sortilèges » apparaît, disparaît dans la brume du soleil couchant qu’elle observe de son lit radeau, moitié endormie, moitié éveillée.

M.Odile Jouveau