Huis clos

Il y a au dessus d’eux un mikado de pierres, un enchevêtrement de colonnes et de tuyaux déchiquetés, crachant des étincelles…et de la terre, beaucoup de terre…

L’air est saturé de poussière.

Les mineurs, Luis et Florencio, sont coincés sous terre, à 500 mètres au-dessous de la surface, dans la mine San José, au Nord du Chili, d’où l’on extrait l’or et le cuivre.

Ils ont pu accéder à des refuges de sécurité.

Luis et Florencio ne se voient pas, placés l’un au-dessus de l’autre dans d’étroites alcôves creusées à même la paroi.

Etonnés d’être en vie, heureux de l’être encore, une joie viscérale, animale ; puis la peur s’installe… peur d’être blessés, de mourir là, tout seuls, de faim, de soif, d’asphyxie ;

Florencio a soif, très soif, il a de la poussière plein la bouche, il en a avalé des tonnes pendant l’éboulement ; il a dû crier, elle lui est entrée partout.

De rage, il donne un coup de poing dans l’un des tuyaux qui pendent au-dessus de lui, quelques gouttes d’eau en tombent ; il les happe avidement ;

« C’est quoi ce bruit, Florencio ? »

« Un bout de tuyau en métal ; il passe juste devant ma tête »

« Recommence, Florencio, recommence, ne t’arrête pas !!! peut-être que quelqu’un finira par nous entendre ; ils vont bien faire des recherches, il faut essayer… »

« Est-ce que tu as mal quelque part Luis ? »

« Je ne sais pas, je ne crois pas, j’ai un peu de mal à respirer, mais je ne sais pourquoi… »

Luis est un solide gaillard ; il ne se laisse pas facilement gagner par de sombres pensées ; il voit plus souvent le verre à moitié plein, mais là….

Il ne veut pas décourager Florencio, plus fragile, plus jeune ; mais il n’y aura pas assez d’oxygène pour deux si les secours tardent trop ; il faut économiser, respirer lentement, ne pas trop parler, rester calme.

Florencio, lui, se concentre sur son tuyau ; il tape, il tape encore et encore…

Le temps passe et personne ne vient ; les souffles se font plus courts.

Ils mourraient à deux, ou pas.

Ils s’aventuraient déjà dans les rêves peuplés de lumières, voiles colorés, aurores boréales, lumières vertes et mouvantes, lumières mauves et mourantes, rugissements doux, puis effrayants.

« Luis, tu les vois, ces lumières ? »

« J’entends des voix, des bruits, tu les entends ? »

« On vient nous chercher, p’tit gars ! »

Il y a des heures dans la vie où l’homme jette des regards fauves sur les membranes vertes de l’espace, car il lui semble entendre les ironiques huées d’un fantôme.

Clarysse