Entr(e)voir – Ubiquité

Croquis de MarieThé Foucher inspiré des photos

de Rosalie Colfs, photographe, belge vivant à Kinshasa,

lors de l’exposition entr(e)voir au Pôle des savoirs à Rouen

Le texte est inspiré des photos

d’Eric Ifergan, photographe et réalisateur de films, français

 

Regard interrogé ?

Regard de stupéfaction ?

Regard de surprise ?

Regards marqués par la lumière… Los Angeles BY NIGHT !

Voici « Carambole » ! le Clown travesti dans sa veste guindée à pois rouges, rapiécée d’un tissu vert. C’était le soir, débutait la nuit. Une nouvelle nuit pour l’homme aux deux visages. Je l’ai reconnu. Il attendait à la sortie de « Paradise ». Là où il se produisait pour le bonheur des enfants le dimanche.

Originaire de Cuba, de mère indienne, de père malgache – c’était ce qui lui donnait le pouvoir du Caméléon. Malgré tout, je l’ai reconnu mais lui, semblait surpris. Il avait relevé ses cheveux dans un turban jonché de six pompons rouges et blancs. Ses yeux noirs soulignés par deux traits verticaux lui donnaient un air triste de Pierrot. Sa grande bouche rouge soulignait le menton et les fossettes. Son nez rouge fait au crayon, le distinguait.

Du clown blanc au Clown burlesque, il était étonnant ! Mais ce qui me frappait, c’était sa simplicité et son élégance, un authentique clown. Carambole n’avait pas besoin de parler, son expression était telle qu’elle se transformait dès qu’il s’animait. Pourtant, sur le cliché, ce qui semblait constant, c’était ce regard intense et puissant, rempli de tristesse !

Et ce qui m’a alors frappé, stupéfaction ! C’était le même que sur l’autre photo, je l’ai reconnu : j’étais tombé en panne ce jour-là. Il faisait nuit noire. Il sortait de son boulot, mécanicien le jour, clown le soir.

Avec sa cote bleue, ses cheveux longs noir de jais et son regard inquiet – il semblait fatigué –  regard qui reflétait simplement la peur, peur d’être agressé ou reconnu … vu son parcours.

Voyant l’objectif, il fut surpris. Comme un cow-boy il a dégainé au premier regard.

Étonné mais navré, pris au dépourvu ? Quelle réaction croyez-vous qu’il adopta après ? Un grand rire joyeux.

Je l’avais invité au restaurant lors de mon passage à Los Angeles, pour faire sa connaissance. Il s’appelait Jimmy, Jim pour les intimes. Un mécano hors-pair, qui répara ma moto, après quoi, je l’avais perdu de vue…

Mariethé Foucher