Souvenir d’enfance

Cette année-là, en octobre 1958, il a automné pour de vrai dans ma vie de petite fille…

Jusque-là, il n’automnait pour moi que dans les poèmes de Lamartine ou de Maurice Carême : les arbres y prenaient des teintes de feu, l’on y ramassait des pommes, on y faisait griller à la cheminée les châtaignes ramassées dans les bois. « Automne, pays de mon enfance », disaient-ils !

Au Maroc, nous automnions en mangeant des grenades, des figues, en regardant les Marocains battre les olives dans une chaleur estivale qui s’attardait ; les forêts de cèdre, de chênes-vert, les oliveraies et les orangeraies restaient toute l’année aussi feuillues et verdoyantes.

Quelque temps après la prise d’indépendance du Maroc, mon père étant fonctionnaire de l’État français, nous avons dû rentrer en France, en commençant par un séjour chez ma grand-mère dans l’Ariège.

Et là, je me suis sentie automner, comme dans mes lectures, comme dans les poésies ! Tout y était ! C’était donc vrai : la fraîcheur qui s’installait au crépuscule, les tapis de feuilles craquantes dans les bois, les champignons qu’il fallait apprendre à reconnaître avant de les cueillir parce qu’on allait les manger, pour de vrai… l’odeur de la fumée des feux de cheminée dans les maisons, les pommes et les noix qu’on allait marauder dans les vergers…

Cette année-là, une vie nouvelle en France commençait… Et il s’est mis à automner dans mon existence.

Peut-être est-ce pour cela que chaque année, quand il automne, je sens monter en moi une promesse d’émerveillement et d’avenir !

 

Danielle Fayet