Éloge de l’ombre

Le dieu semble joyeux, de ses rais, il abreuve l’hémisphère.

Il gorge tant son hôte, qu’il en vient à s’assécher.

« De l’eau » dit-il, « qu’on me désaltère. »

« De l’ombre » crie-t-il, comme un supplicié.

 

Et les heures passent, pour qu’enfin le bonhomme frémisse.

Les pores de sa peau commencent à s’exalter.

Une douce brise venue d’un zéphyr lointain – les prémices,

Caresse sa joue. La darde va être exterminée.

 

Poussé par ce comparse, le nimbus s’avance,

Le cœur de l’homme s’apaise, les premières odes s’éveillent.

Les bleus se perlent de gris, l’azur perd de sa soutenance,

Les abeilles rentrent au ruchier, comme elles, il va préparer son miel.

 

L’angélus vient l’annoncer, les ouvriers sont rentrés,

Le jour se met en lange, les soupers sont servis.

Sa torpeur va s’évaporer, le poète va s’apprêter.

Le crépuscule appelle les anges, sa sécheresse va être tarie.

 

Il reconnut sa visiteuse, celle qu’il prénomme Ténèbres,

Son silence l’accompagnant, amène ses bruitages.

A elle, il pourra livrer sa nudité d’éphèbe,

L’exultation va être consommée, il en en finit de son sevrage.

 

Ses antres deviennent joyeux, d’une immense allégresse,

La destinée l’a désigné pour écrire la nuit.

Pour quelques heures maintenant, il en fera sa maîtresse,

Et son vélin transpire, pendant que la lune luit.

D.D’O