Lumières menacées, lumières menaçantes – pamphlets

Pour vivre heureux, vivons cachés!

Et là, aujourd’hui croyez-moi, nous sommes malades, malades de nous montrer, de nous éclairer, de nous distinguer, de nous illuminer. L’utilisation abusive des réseaux sociaux où on vend du narcissisme rapproche de la photo pollution. A vivre sous les projecteurs, on devient aveugle et transparent.

Un exemple : la mère inquiète qui consulte car « il ne fait pas ses nuits », sait elle que son enfant, petit animal s’il en est, baigne dans la lumière artificielle. Extérieur éclairage public obligatoire de 22 à 7h. Enseignes lumineuses vantant la boisson qui rend intelligent ou le lieu de rendez-vous à la mode pour s’éclater. Il sera attiré par la croix verte clignotante, l’absence de rideau dans sa chambre (il doit s’habituer à dormir partout!) ne le protège pas. Il pleure, yeux ouverts sur le témoin de la cafetière électrique, de l’ordinateur et de la télévision. Vous la voyez, là, la mère se penche portable en service à la main. Tout cet éclairage nocturne le perturbe. Il n’est pas le seul, la faune, la flore, la fonge subissent ce piège écologique.

Je vous alerte, il sera bientôt trop tard, voulez-vous sauver cet enfant et tous les autres?

Alors, arrêtons ! Rendons à la nuit son obscurité ! Elle fait partie du jour comme la mort de la vie.

Vivons la peur du noir et la libération du petit jour.

Et que cet enfant, votre enfant, apprenne à se diriger aux étoiles et à mettre son pied gauche dans la merde pour réussir sa vie.

   RMQ

                    

 

Je pourrais t’aimer B., toi le parfait penseur au centre de toutes les convergences, le bienfaiteur, maoïste de la première heure, l’ami de Gandhi, le pote de Mandela, toi qui défends Greenpeace, je pourrais t’aimer, mais en fait je te déteste, toi et tes idées soi-disant éclairées sur l’électrification de l’Afrique. Tu déclares que l’africain pourrait mieux nourrir ses enfants si le courant alimentait ses moteurs. Mais qui es-tu, au juste, dans ta chemise Cacharel dont les boutons craquent d’une beuverie à l’ambassade du Sénégal ? Toi, dont les veinules de ton visage engraissées aux banquets de l’Elysée sont prêtes à éclater, quand tu t’enflammes aux micros des médias !

N’as-tu jamais été pauvre mais contraint néanmoins, de payer tes factures EDF à prix d’or ? Courant maudit, qui te file et t’espionne jusque dans les ruelles, soi-disant pour te protéger, tout en exhalant ses ondes destructrices vers l’ozone. Courant maudit qui lave ton linge et qui t’informe ou plutôt te désinforme à longueur de temps. Courant maudit que tu as industrialisé à outrance pour te nourrir sous cellophane.

Je pourrais t’aimer B., si tu te rendais compte que, déjà le quart de la planète, celui dont tu repais ostensiblement, celui où tu vis, était coupable à lui seul d’une pollution lumineuse quasi irréversible. Et toi, emplumé de bourgeois, que j’eus failli aduler, tu voudrais y ajouter un continent entier ! Mais, ne vois-tu pas, pauvre aveugle, ce que pour exemple les chinois ont fait en moins de vingt ans, et les brésiliens qui éclaircissent l’Amazonie en pratiquant à grandes échelles des trouées immenses dans les réserves naturelles de la biosphère mondiale ? Qui comptes-tu enrichir précisément ; tes copains lobbyistes ou les paysans africains.

Ta vie se termine B., et tu mourras probablement, d’une mort de riche, en tout cas sans misérabilisme. Mais, tu proposes de leur laisser ta lumière, la mauvaise, la mal exploitée, celle qui finira sans doute par les achever, eux, et le monde entier. Oui, je te hais B., pour cette idée qui n’a de lumineuse, que l’apparence.

D.D’O