Éjaculation.

Bien que l’hiver fût sévère, sans trêve, la sève remonte et la renoncule persévère ouvrant la terre au perce-neige.

Entends-tu le chuchotement des premières radicelles et les cris de détresse des derniers jours de givre. Entends-tu, toute cette ivresse au pied du bois de lauriers, tous ces petits bruits semblables au craquement de la coquille sous les coups encore tendre de l’oisillon.

Et la brume des petits matins, près du lac de la montagne qui raconte sa longue protection cherchant à déchirer les draps sombres de la nuit finissante.

Et encore la volonté du printemps à s’éveiller et à habiter l’espace déserté par les grands froids.

Écoute ce dernier moment de suspension, cette poésie déclamée par ces tendres pousses et qui sonne le glas des gels fracassants.

Blancs ou jaunes, dans leur nouvel étui de vert flamboyant comme l’âtre des forgerons. Ils répondent déjà aux douces caresses du printemps, s’offrant comme des bijoux posés sur un voile de satin.

De l’envoûtement éphémère, jaillit maintenant l’aube du renouveau et dans leur robe d’innocence les perce-neiges effacent toutes les amertumes dressées comme autant de rayons dardant vers le ciel.

Émerveille-toi du véritable incendie aux couleurs intenses qui embrase les tapis de mousse au pied des lauriers

Voilà, te sens-tu comme moi maintenant, envoûté de ce spectacle du premier printemps, gorgé de sève et de tendres incandescences, illuminé pour la journée.

D.D’O