Moucharabieh

Matin

– Qu’est-ce que tu regardes, Aïcha ?

– Ah ! Tu es réveillée maîtresse ! Je ne savais pas, sinon je t’aurais apporté ton déjeuner. Je regardais la place. A cette heure-ci il n’y a pas beaucoup de monde. On ne voit que les marchands qui commencent à installer leurs étals. Avec tout le bruit qu’ils font, eux, leurs chameaux et leurs mulets, ce n’est pas étonnant que tu n’aies pas pu dormir.

Mais je suppose que tu n’as pas été la seule dans ce cas, car je vois la voisine  en train de courir d’une terrasse à l’autre pour rentrer chez elle. Elle devait être ailleurs cette nuit.

Midi

– Aïcha, tu devrais être à la cuisine pour servir le repas. Qu’est-ce que tu fais encore derrière cette fenêtre ?

– Je voulais vérifier quelque chose, maîtresse. Le marché se termine, on replie les étals avant qu’il fasse trop chaud. Le livreur de pastèques m’a dit qu’Ali, le fils de son patron était arrivé en retard aujourd’hui. Il s’est fait disputer par son père et comme excuse il a dit qu’il avait passé la nuit avec une femme et qu’elle n’était partie de chez lui qu’au matin. Je regarde si je peux le voir d’ici.

Soirée 

– Aïcha ! La nuit tombe. Le marché reprend. Va me chercher des sorbets à la pastèque ; tu en prendras aussi pour toi. Tu diras que je les paierai demain quand le commis passera. Et ne traîne pas, je te surveille par la fenêtre ! (un peu après)

… Elle en met un temps ! C’est bien ce que je pensais, elle doit être encore en train de bavarder avec quelqu’un. Ah ! Je la vois : elle est avec la voisine. Qu’est-ce qu’elles complotent toutes les deux dans leur coin ? Les sorbets vont être fondus avant qu’elle ne revienne. Mais non, elle n’a pas encore été les acheter car à présent elle est en grande discussion avec Ali. Elle lui donne un papier : je lui avais pourtant dit que je paierai demain !

La nuit

La lune éclaire la chambre et je ne peux pas dormir. Il fait encore chaud et je m’approche de la fenêtre pour avoir un peu d’air frais. Qui sont ces deux silhouettes qui traversent la place en courant ? Une femme et un homme ; ils enfourchent un mulet et s’éloignent très vite.

Le lendemain matin

– Aïcha, Aïcha ! Je suis réveillée. Qu’est-ce que tu peux bien faire ? Viens m’habiller.

– Si tu savais maîtresse … Quelle histoire ! Le livreur de pastèques m’a dit que le fils de son patron avait disparu cette nuit et ce matin il manquait un mulet à l’écurie. J’ai voulu raconter ça à la voisine, mais sa domestique m’a dit qu’on ne savait pas où elle était et qu’elle n’avait même pas dû dormir dans sa chambre.

Quelle histoire, mais quelle histoire ! Si je m’attendais à ça !…

Andrée