Le poisson

Par une chaude journée d’été, Indiana était descendue à la rivière chercher un peu de fraîcheur.  Après s’être longuement baignée dans l’eau douce et pure, elle s’était allongée à plat ventre sur un rocher à l’ombre d’un mandarinier. Le nez au ras de l’eau, nonchalante, elle laissait pendre sa main dans le courant. Elle somnolait quand son attention fut attirée par un mouvement à la surface de l’onde. Un petit poisson multicolore s’était approché. Vif, souple, il frôlait la main de la jeune fille qui, de peur de l’effrayer, n’osait plus bouger. Il cherchait sa nourriture dans les touffes d’herbe de la rive. Il grignotait par ici, il grignotait par là. Le soleil se réfléchissait sur ses écailles et c’était un festival de couleurs qui ravissait l’œil d’Indiana.

Soudain, le petit poisson pivota et Indiana aperçut une ombre noire. Un sombre et gros poisson approchait et regardait avec gourmandise le petit compagnon d’Indiana. La jeune fille se redressa et s ‘appuyant sur ses coudes observa avec angoisse la lutte qui s’engageait.

Le chasseur était fort, la proie rapide. Quand le gros se précipitait sur lui, le petit s’esquivait, le gros ne rencontrait que le vide. Le petit faisait semblant d’aller d’un côté puis d’un autre, le gros suivait, s’énervait, s’essoufflait, s’épuisait, le ratait. Le fatigant petit fantôme se mit alors à contre-attaquer. Il réussit à atteindre son adversaire épuisé de rapides et vifs coups de queue dans l’œil, sur le nez tant et si bien que le prédateur abandonna et partit chercher ailleurs une proie plus facile. Indiana applaudit à la victoire de son ami qui en équilibre sur sa queue sortit de l’eau, fit une révérence pleine de grâce et disparut à son tour dans les profondeurs de la rivière.

Patricia