Le crocodile – 3

Le guide nous conduisit au bord de la rivière. A cet endroit précis, elle se jetait en cascade dans un étang où on pouvait observer des poissons qui tournoyaient, montaient à la surface de l’eau, se frôlant, pivotant dans une sorte de valse lente et ininterrompue.

Il faisait encore très chaud et la nature bruissait de sons inconnus à nos oreilles, cris des singes, piaillement d’oiseaux étranges.

Le guide attira notre attention. A l’endroit où la rivière se jetait dans cette retenue d’eau, sur le bord caillouteux et humide, se tenait un crocodile, la gueule grande ouverte, recevant ainsi l’eau qui se déversait de part et d’autre. Immobile, semblant dormir, telle une statue de marbre, il ouvrait une large gueule en attendant sa proie.

Pendant de longues minutes, retenant notre souffle, sans bruit, nous attendions qu’il se passe quelque chose. Nous finissions par croire qu’il était faux, installé là pour attirer les touristes gogos que nous étions.

Soudain, vif comme l’éclair, sans bouger le reste de son corps sa tête pivota légèrement et il happa sa proie sans même que nous ayons eu le temps de voir le poisson se jeter dans sa gueule.

Épuisé par l’effort qu’il venait de fournir, une fois le poisson vivement avalé, il reprit sa position initiale. Ouvrant largement sa gueule il attendit tranquillement sa prochaine victime.

Le soir tombait dans la savane bruissant de grognements mystérieux, environnée par ce bestiaire sauvage en quête perpétuelle d’une proie à chasser, frôlant, ratant la victime, victime qui bien souvent esquive puis épuise le chasseur en l’entrainant dans une course folle au fonds de la jungle… terrible jungle, le lion est mort ce soir. Plus de rage, plus de carnage le lion est mort ce soir…..

Marie Odile