La sauterelle

Quelle était belle mon indienne! Je l’appelais ma shalabhasana. La première fois que je la vis, son corps frêle élancé et gracieux percuta mon désir. Pourtant nos rencontres successives étaient chastes quoique habitées. Je me souviens du rituel qu’elle imposait.
On se positionne en posture ventrale. Tu sens le sol s’enfoncer ou c’est toi qui le pénètres. Tu inspires et expires par le ventre comme je te l’ai appris. Tes bras tendus se soulèvent, la tête également et en même temps, les jambes s’élèvent. Sous prétexte de suivre ses consignes, je l’épiais. Elle respirait la souplesse, l’harmonie. Ses jambes musclées finement dessinées en duo avec les bras exécutaient un ballet gracieux au rythme du va et vient de son ventre.

Plus mon déséquilibre s’accentuait plus elle grandissait et vivait sa transformation; la sauterelle naissait.
Notre union dura un temps, celui qu’il lui fallut pour se transformer en mante religieuse.

RMQ