Matawa

Sur les hauts plateaux rouges de la Guelda-Riva régnait la maîtresse des ombres. Sans la bienveillance de Mayawa, nul n’avait accès au royaume éternel.

Il était en effet de coutume pour les habitants de la Pavalie, d’offrir à la maîtresse des ombres, une statue de glaise à l’effigie du défunt, enfermant ses cendres en son sein. La fabrication du totem était confiée au plus proche parent du disparu, mais il devait une fois fini, être béni de toute la famille. Aussi, il arrivait que le parcours de l’objet sacré prenne plusieurs semaines. Chaque halte faisait l’objet de libations et de chants rituels à l’ombre d’une maison, à la tombée de la nuit, mais avant le coucher du soleil. Il devait faire sombre mais pas nuit noire. Puis, quand l’heure était venue de se présenter devant Mayawa, un jeune pubère de la fratrie ou de la famille était chargé de présenter les louanges et les infamies du défunt et de sa descendance.

Alors seulement, Mayawa maîtresse des ombres, disposait le totem veillant à ce que le soleil ne vienne jamais le perturber.

Ainsi, tout semblait immuable, imperturbable, quand un jour, un étranger aux coutumes barbaresques est entré en Palavie, défiant les traditions des autochtones, poussant l’autocratie jusqu’à construire un temple devant les jardins sacrés des totems, érigeant en son sommet une croix dite immaculée, poussant l’hérésie à faire croire que les morts pouvaient se tourner vers la lumière pour bénéficier d’une vie béate et éternelle.

 »Religion mensongère », Harangua Mayawa, à ceux qui prétendent faire croire que la perfection existerait, niant prétentieusement et outrageusement toute évidence.

Alors, quand trois siècles plus tard, je croise une croix blanche soi-disant immaculée surmontant un clocher, et que je vois par temps clair, deux corbeaux perchés sur la traverse, je ne peux m’empêcher d’évoquer Mayawa, qui me rappelle au travers de ces deux oiseaux poussant leurs croassements rauques et sombres, qu’il y ni jour ni nuit, pour accéder à la vie éternelle.

D.D’O