La lumière de l’ombre

L’ombre du jour s’étiole et emporte avec lui au petit matin son odeur de café.

L’ombre du jour s’étiole en millions d’étoiles.

L’ombre du jour s’étiole son rêve permanent le rejoint – en noir et blanc, la lumière dans l’ombre, les images s’imposent.

L’ombre du jour projette sa réalité sur les jours passés mais sera vaincue par les jours à venir.

L’ombre du jour s’étiole la luciole se prépare.

L’ombre du jour s’étiole et me laisse pétrifiée d’angoisse.

 

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La rougie du matin met

– la mare au chemin

La rougie du matin

– frissonne sous la main

La rougie du matin chez ma grand-mère, traduction de l’occitan :

rouge au levant fait pisser le cheval, rouge au coucher fait pisser le puits.

La rougie du matin envahit l’horizon de l’archipel : c’est l’heure de lever l’ancre

La rougie du matin éteint tous les chagrins de la nuit, La rougie du crépuscule fera mouiller les oreillers

La rougie du matin étalée sur une épaisse tranche de pain bis et trempée dans le café au lait fumant, quel régal !

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Aujourd’hui, entre ombre et lumière je marche vers la sortie que d’autres ont empruntée avant moi

Aujourd’hui, entre ombre et lumière, les gouttes d’eau se réchauffent au soleil.

Aujourd’hui, entre ombre et lumière, je me dis que si ombre est naissance, mort est lumineuse.

Aujourd’hui, entre ombre et lumière, le choix s’impose – dois-je partir vers la soleil (l’Afrique m’appelle !) dois-je poursuivre mon amour nordique ?

Aujourd’hui, entre ombre et lumière, je me suis installé au piano, jouant des blanches et des noires

Aujourd’hui, entre ombre et lumière, je saute mouton

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Terrorisé par les ténèbres Pierre était devenu blanc, livide, il ne pouvait plus faire un geste, ses neurones s’éteignaient à la vitesse de la lumière

Terrorisé par les ténèbres il changeait de pôle à chaque équinoxe pour vivre le jour sans fin de lumière blanche

Terrorisé par les ténèbres il imagina un monde blanc, froid, habillé de cristaux – il savait qu’elle serait au rendez-vous.

Terrorisé par les ténèbres il ferma les yeux pour s’inventer un monde intérieur rempli de lumière

Terrorisé par les ténèbres, il se souvint que les interrupteurs n’étaient plus d’aucune utilité mais qu’il avait conservé quelques bougies

Terrorisé par les ténèbres, je ne dors que d’un œil et je guette les premières lueurs du jour et alors je pousse un long soupir de soulagement

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Aujourd’hui menaçant, dans le jardin familier, l’arbre se découpe entre ciel et terre

Aujourd’hui menaçant, le froncement d’ombre attend l’étincelle d’éclair qui libèrera l’azur

Aujourd’hui menaçant, l’orage gronde au loin et annonce la lumière du rideau de pluie dans le ciel

Aujourd’hui menaçant, le brouillard jaune qui stagne sur la grande ville saura-t-il être dissout ?

Aujourd’hui menaçant, l’ombre tombait sur la basse-cour – la nuit ne tarderait pas , mettant à jour les plans du rusé blaireau, convoitant quelque proie

Aujourd’hui menaçant, dans le jardin familier, l’arbre se découpe entre ciel et terre, demain perlé de rosée il rayonnera et fera de l’œil aux oiseaux

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Sous l’épais feuillage prospère tout un petit monde

Sous l’épais feuillage la lumière scintille de millions d’étoiles

Sous l’épais feuillage, mystère, peur, désir, amour, passion, vérité ? tissent un mycélium de vie

Sous l’épais feuillage, le coffre brillait et demandait à être ouvert

Sous l’épais feuillage s’enfonçait au plus profond le petit caparaçon se protégeant tout naturellement des griffes acérées du busard

Sous l’épais feuillage prospère tout un petit monde, garde-manger de la mésange charbonnière

 

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Collectif