Time is love

Il sentait contre sa joue la douceur du tissu de flanelle, chaude et réconfortante. Enveloppé dans son épaisse couette, le monde extérieur n’avait plus de consistance, forme indistincte et éthérée dont il viendrait à bout sans difficultés, sans efforts, sans douleurs. On ne peut quitter impunément notre zone de confort quand notre carapace n’a pas encore durci et qu’on risque d’offrir en pâture un petit corps, un petit cœur encore tout mous. Un moi tendre et sensible qui se ferait manger tout cru, c’est certain, par la horde de ceux qui ont forgé leurs armes depuis le début, de ceux dont le cœur n’a peut-être jamais été tendre, de ceux qui sont nés tout équipés. À la place du cœur, un organe fonctionnel et pour l’enrobage, protections double peau, punch line et réparties piquantes. La panoplie complète du parfait ado prêt à rentrer sur le ring de la vie.

À cette idée, son cerveau rétracta ses mandibules sensorielles à l’abri du tombeau douillet qui le protégeait, croyait-il. On peut essayer de croire que quelques centaines de grammes de coton traités contre les acariens puissent vous sauver de la cruauté de vos pairs. Tout au plus nous permettent-ils de jouer avec nos vies romancées.

Cent vingt battements par minute. Non, décidément. Pas encore prêt. Dommage. Dommage !

Mais, le pire, quand on habite une prison sans barreaux, c’est qu’on n’a même pas conscience des écrans qui bouchent l’horizon ; il errait à travers un épais brouillard, et il le croyait transparent. Les choses qui lui échappaient, il n’en entrevoyait même pas la présence.

Chacun fait (c’qui lui plaît). Lui, ce qui lui plaisait, c’était de vivre sa vie. Mais balloté par le dur regard de ses ennemis, il se sentait prisonnier d’un double négatif, miroir de ses propres failles.

Lala lalala lalaland, chantait-il pour couvrir de sa voix les conjurations de ceux qui voulaient le voir revenir dans la vraie vie. La vraie vie ? Celle des héros de pacotille qui pensent que tendresse rime avec faiblesse ? Non, non, non, la vraie vie, celle où tu touches, tu sens, tu respires l’odeur des autres. Celle où tu ris… Parfois avec les autres… Souvent avec les autres ! À ceux-là il pourrait se montrer sans fard, sans tromperie. Un peu comme The Danish Girl ? Un peu… peut-être ? Ce ne sera pas exactement l’amour. Non, pas exactement. Ce sera un début… Voilà, un début ! Il faut toujours un début. Ce sera le début d’un voyage vers d’autres possibles. Mais lui voudrait plutôt être au milieu.

Ce ne sera Pas exactement l’amour mais il s’en approchera.

Céline S.