La nuit

Le pire dans l’angoisse, c’est la nuit. La nuit sans sommeil où je ne sais pas si je pense ou si je repense. Si je suis dans le rêve ou dans la réalité. La nuit où je compte, où je rends des comptes. La nuit où je châtie, où je gracie.

Le pire, c’est le cauchemar où même éveillé partiellement, je cauchemarde encore. Parfois, je suis un petit, un minuscule, d’autres fois, je suis un dominant, un prédateur. Mais au bout du compte, il y a toujours, la chute des géants.

Je me souviens encore de ce rêve, qui enfant a bouleversé mes nuits plusieurs semaines durant, celui où des grands singes s’agrippaient à ma fenêtre, prêts à m’engloutir. Aussi, quand il a fallu que je monte me coucher, je devais avoir piètre allure, je ne disais plus un mot, mais mes yeux devaient supplier ma mère, disant ‘Ne me quitte pas’. Puis, quand la porte de l’escalier montant à l’étage se refermait, il me semblait rentrer en geôle, Mais, le pire, quand on habite une prison sans barreaux, c’est que l’on n’a même pas conscience des écrans qui bouchent l’horizon ; j’errais à travers un épais brouillard, et je le croyais transparent. Les choses qui m’échappaient, je n’en entrevoyais pas la présence.

Dehors, les feuilles mortes jonchaient le sol, l’hiver faisait son œuvre, redoublant l’intensité austère de la nuit, la longueur de la nuit. Mon cœur était sec, un cœur en hiver, aux couleurs pourpres. Alors le monstre, aux miles dentelles envoûtantes m’attendait, voulait m’entraîner à nouveau, dans une tragédie dantesque. Il semblait m’adresser la parole et de façon lubrique et démoniaque, me dire ; ‘Je suis venu te dire…’. Puis sa transparence s’opacifiait et ma déraison, déjà s’emballait. La cuisine des enfers préparait ses fourneaux, et il n’y avait plus personne pour m’aider, personne pour passer un coup de torchon.

D.D’O