Fragments d’automne – 3

La citrouille verte.

Nouyane me regarde plus durement, « j’avais bien deviné quelque chose ! »

Seule à connaître vers quelle terre promise, elle monterait. Lourde, d’une science qu’elle ne peut point partager, prise de tendresse pour tant de faiblesse ignorante, elle s’écria, « ne viens pas vers nous ; »

Il est inexplicable, pensa-t-elle, que je sois encore vivante, et je n’en éprouve aucune joie. Je m’en vais donc et ne veux pas avoir la force de revenir. Je voudrais soulever une radicelle cassée, mais elle est de marbre. Je regarde autour de moi et j’en vois d’autres de marbre noir. Douloureusement, mais simplement, je marche du vert-cucurbitacée, vers je ne sais quelle vérité, à travers mes métamorphoses.

Le galet.

Obliquement, tissu d’atomes sans sommeil, il reste un peignoir d’ombre, entaché de soleil. Échoué sur la plage près de l’embarcadère, il peut subir la fulgurance des éclairs et le fracas du tonnerre, mais également de doux bains au bruit de l’eau dans son reflux.

Odeur de mort, non de nature morte, mais oui d’abandon et de silence définitif. L’odeur s’attardait dans le corridor de la baie, lorsque le promeneur, tristesse inavouable, le rejeta à la mer.

La souche d’arbre.

Nous avons donné la parole à cette interlocutrice errante, la plus grande œuvre de la nature. De la naissance du dernier grand fleuve, je flotte, ballottée, aux grands espaces désertiques où j’erre comme un crâne desséché, on m’observe, on me peint.

Elle a une chose, qu’aucun voyageur lointain ne peut lui donner, cette parcelle de bois sauvage qui est en nous. Interlocutrice privilégiée de la communauté géologique internationale, on ne peut distinguer dans ses formes déstructurées, que le monde, de toutes ses forces.

La réflexion.

Il est assis là, en homme sage, sur une souche aux formes étranges, roulant dans ses mains, comme pour le polir encore un peu plus, galet trouvé au sol. Il ne restait plus pour denrée, qu’une petite citrouille verte. Il s’assoupit sans la toucher, et reteint son dernier souffle, pensant qu’à quatre, il ferait un plus joli tableau de nature morte.

D.D’O