Waste land – Notes et fragments – 3

En partance – 

Cramponne-toi, la neige est oublieuse et les images brisées de tes souvenirs n’ont d’ombre que là, là dans la cité fantôme aux brumes ensorceleuses

Such a bad trip, winter no coming , ricanait un clochard sous la lueur diffuse d’un lampadaire étouffé de brouillard. Les paroles d’Aqualung my friend te résonnaient aux oreilles. You poor old friend, you see, it’s only me, ce n’est que moi, que moi… l’écho de sa voix se perdait derrière toi

Madame avait un mauvais rhume. Gardez-vous de la mort par noyade, te dit-elle en montrant le marchant borgne. Souvenance et désir sont les deux faces d’une même carte. Madame d’un air suave susurre à ton oreille. Ce cadavre que tu plantas l’an passé dans ton jardin a-t-il germé ?

Mes yeux se voilaient au cœur de la lumière, au cœur du silence. L’ombre n’existait plus, ni avant ni après mais en moi et nous causâmes pour l’éternité

2. De vous à moi

Le bois ce matin, épais brouillard qui monte, cité fantôme. Il m’en souvient, Londres en décembre, le carillon de Big Ben, mélodie assourdie dans le brouillard cotonneux, c’est l’horloge de grand-mère dans le couloir à Paris. Souvenir délicieux mais une voix d’outre-tombe résonne ; sur sa tombe a poussé  un arbre aux couleurs de hyacinthes. Souvenir, désir. Non! Ne pas fuir son plaisir, jouir de l’élixir car si mes yeux sont pour regarder, observer, contempler, examiner, mon cœur est là pour ressentir, éprouver, souffrir et aimer. La neige poudreuse et envahissante pénètre sous l’écharpe et perce le bonnet. La luge dévale sur le torrent blanc de ma mémoire et j’aperçois enfin la pierre philosophale : je me vois moi, je vois le monde,  le monde en moi, le monde et moi. C’est l’infini, le ravissement, je m’en nourrirai et je vous rejoindrai pour l’éternité.

Annie