Un souvenir d’enfance

L’ événement : 1969 Neil Armstrong, le premier pas sur la Lune.

Dès son plus jeune âge, mon plus jeune frère a toujours préféré les maths à toutes autres matières – à l’époque, on disait le calcul, et plus précisément encore le calcul mental ainsi que la géométrie. Pourtant quand je pense à lui dans ces années-là, c’est le plus souvent en pêcheur solitaire que je me le figure. Je le revois, fier de nous ramener dans sa nasse, tanches, anguilles ou autres carpes.

Il est devenu patron d’un grand service de métrologie chez Ariane-Espace. Quand je lui rends visite en son domicile actuel, à flanc de forêt, je le surprends la plupart du temps, au calme, fabriquant balançoire dans un arbre, cabane en bois pour ses petits-enfants, et si je m’en référais à mes souvenirs, en 1969, j’étais à l’époque loin d’imaginer, que le premier pas sur la Lune l’aurait marqué à ce point. Nous étions tous réunis ce jour-là autour du poste de radio, les parents, la fratrie au complet. L’événement, on en parlait.

‘ Un premier pas sur la Lune, un grand pas pour l’humanité ‘

Nous avons changé de support. De Radio Luxembourg nous sommes passés sur l’O.R.T.F. La révélation pour moi ! Mon petit frère, à neuf ans, paraissait connaître déjà tant de chose sur la mission d’Apollo 11, commentée en direct par un certain Jean-Pierre Chapel. Buzz Aldrin, Michael Collins, le module lunaire Aldrin, le programme Apollo, rien ne lui échappait. La soirée fut longue, Alain allait devenir notre spécialiste de l’aérospatial.

Pourtant je ne délie pas ces événements de ma vision de lui, enfant. J’aime à le revoir, le matin même du jour J., penché sur sa boîte d’asticots, préparant ses mouches, ses vers-de-terre, qu’il prélevait lui-même dans le sol noir du jardin.

Si aujourd’hui je l’interroge sur l’épopée spatiale, il la connaît sur le bout du doigt. Mais j’aurais dû être moins surpris en ce jour du 20 juillet 1969, car à la réflexion, le calcul qu’il arborait déjà si facilement à l’époque, le fait également qu’il se penchait régulièrement au-dessus de mon épaule quand je révisais mes cours de dessin industriel à la maison n’étaient-ils pas la marque de son intérêt pour les sciences !

Cosinus, tangentes, et théorèmes n’ont plus de secret pour lui, pourtant la tangente, c’est ce qu’il avait l’habitude de prendre quand nous étions gosses, pour se réfugier sur l’île aux bœufs où notre grand-père l’avait initié à la gaule et au moulinet.

Aujourd’hui chef de projet, il transmet à son tour, la technicité de son métier et enseigne son savoir-faire à de futurs ingénieurs. Pourtant, à travers son image de loup solitaire des années 69/70, fuyant toutes embrouilles, se préservant de tout machiavélisme, je le regarde différemment.

D.D’O