Ce qu’il reste en mémoire…

Une quinzaine de photos de Doisneau rapidement présentées… Quelques verbes et quelques expressions … Un récit?

De sa loge ouverte sur la ville, la concierge à lunettes manigance des histoires. Si, si, c’est bien des locataires de l’immeuble qu’elle a vus place de l’Opéra : ces amoureux prévoient de constituer une famille heureuse, mais attention aux antagonismes. Et surtout ils feraient bien de se méfier du bonhomme au chien sur le Front de Seine qui ferait un traitre idéal, un vrai réducteur de têtes ! Mais elle se dit qu’il faut qu’elle arrête de radoter car son mari, pêcheur du bord de Seine va peut-être attraper enfin du poisson à servir en direct. Elle soupire : vivement dimanche qu’on aille chez Gégène ! La vie y est belle et on n’y a jamais l’occasion de bailler !

Andrée

Il devait être contrôlé pour enterrer ses souvenirs, ceux qui faisaient revivre la jeune fille, sa Juliette, dans les caves enfumées et les bebops endiablés.

Radoter ne servait pas cet affable scientifique. Juliette serrée contre lui, collée à son dos protecteur, ne se donnait que partiellement, dans le contrôle de son baiser casque.

Que de dissimulations pour rejoindre une intimité factice.

Menacés par le pouvoir des mots, ils laissaient filer leur relation, telle l’eau qu’on suit du regard, plantés en bord de seine.

Cette fille la lui baillait belle. Ses confessions chocs sur son passé, son enfance frustrée, son malaise pour trouver sa place. Elle se moquait de lui en se nommant « gardienne d’oies », aussi bête que ces oiseaux !

RMQ

Il devient nécessaire que je me coupe du son – je suis bien trop timide pour affronter le public –  et que je file dare-dare.

Radoter, je radote, seul mon habit de majorette me relie au monde, alors que je fuis, isolée sur mon chemin.

Quand je pense que je devais lire un poème en avant-scène des Frères Jacques, comme surprise finale aux vingt ans de mariage de mes parents! Il y a quelque manigance là-dessous !

Ah, quelle interminable guerre que cette lutte contre ma timidité ! Déjà petite, je préférais bailler aux corneilles lors de nos longues balades en famille, sur les routes cimentées du village.

Mais voilà, dilemme, car, combien j’aime évacuer mon manque d’assurance, quand je roule seule à vélo sous les ponts… Et combien j’aime servir ma timidité, quand enfin, je peux me retrancher sous mes couvertures…

 

D.D’O