TOBIE

 

 

  • LA BIOGRAPHIE:11 octobre 1947 – Naissance de Jacques Thibault à Dieppe dans une famille de petits armateurs. Il est l’aîné de 3 enfants.1963 Malgré l’intervention des professeurs du lycée qui avaient deviné en lui un élève brillant, le père fait entrer Jacques, contre son gré, à l’École des mousses à terre de Brest. Il y passe dix mois, y obtient le BEPC.

    Suivent cinq années de navigation, ainsi que le stipule l’engagement dans la Marine signé au moment de l’incorporation. Jacques y découvre son goût pour les voyages, en particulier vers l’Afrique et le Moyen-Orient.

    1966 Son contrat avec la Marine est interrompu par un accident qui lui laissera une légère claudication. Il part au Maroc pour un séjour à Essaouira de quelques mois chez la famille Tobie, des bijoutiers juifs marocains, qui quitte le Maroc en 1967 pour Israël, au moment de la Guerre des Six Jours.

    1968 Jacques rentre en France. Un violent conflit l’oppose à son père qui veut lui confier le poste de directeur de l’usine de conserverie qu’il vient d’acquérir à Dieppe. Jacques refuse, son père lui coupe les vivres et le jeune homme rompt totalement avec sa famille.

    De 1968 à 1974 Jacques entreprend des études de droit et de criminologie. Il vit grâce à de petits boulots, et voyage vers le Moyen-Orient. Il y rencontre Marjane en 1973, appartenant à une famille d’universitaires libanais, amis de l’ancien rabbin d’Essaouira, Shlomon Moralès.

    1975 Marjane suit Jacques à Paris, elle l’épouse, sans le consentement de ses parents qui la rejettent définitivement, poussés en cela par l’extrême rigorisme religieux de Shlomon Moralès.

    Le couple vit de petits boulots, de l’aide financière de Sarah, une riche tante célibataire de Marjane, installée à Versailles. Jacques publie son premier roman « Leçon de mort » à compte d’auteur.

    Il adopte pour cette publication le pseudonyme de TOBIE, qui est le nom du chef de famille qui l’avait accueilli à Essaouira… C’est sous ce nom de TOBIE qu’il déclarera à l’état-civil ses trois enfants. C’est ce patronyme qu’il a fait graver sur sa tombe.

    Entre 1977 et 1992 Jacques devenu TOBIE publie sept romans. Grand admirateur de Georges Simenon, il s’oriente peu à peu vers l’écriture exclusive de romans policiers se déroulant dans différentes grandes métropoles du monde.

    TOBIE signe aux Éditions des 4 Vents  pour quatre romans, puis rompt parce que l’éditeur refuse « Le secret des survivants », en qualifiant le manuscrit de « plagiat simenesque ». Il le propose à Philippe Cherki et devient rapidement l’écrivain-vedette des Éditions Cherki. Une grande amitié naîtra alors entre TOBIE et Philippe Cherki qui soutiendra le romancier jusqu’à sa mort.

    Trois enfants naissent, en 1976, 1978, 1979.

    1992 Les enfants sont confiés à la tante Sarah à Versailles et le couple part se reposer à Essaouira. C’est lors de ce séjour que naîtra l’idée du roman « Sur les remparts d’Essaouira ».

    Mais TOBIE est épuisé, dépressif, il boit beaucoup, se drogue peut-être pour pouvoir continuer à écrire. Il est jaloux, fait des crises paranoïaques. Le 18 mars au matin, on retrouve Marjane dans le jardin, tuée par un coup violent à la tête. TOBIE est rapidement disculpé. L’assassin n’a jamais été retrouvé.

    TOBIE perd pied, son fidèle ami et éditeur Philippe Cherki le fait rapatrier et hospitaliser en France.

    De 1992 à 1997 TOBIE tente de se reconstruire pour élever au mieux ses trois enfants âgés au moment du décès de Marjane de 16, 14 et 13 ans. La famille s’installe à Canteleu, petite ville proche de Rouen, avec Sarah, la tante de Marjane qui s’occupe de la tribu avec un dévouement véritablement maternel. Magda, Basile et Germain TOBIE décrivent leur père comme un homme gentil, mais devenu très distant après la longue hospitalisation qui a suivi la mort tragique de leur mère. TOBIE voyage beaucoup, pour nourrir les intrigues de ses romans vers l’Afrique du Sud, Haïti, la Turquie…

    Deux romans sont publiés, « Le massacre des enfants rouges », « Sous le vent sacré » qui ont peu de succès. TOBIE, découragé, songe à renoncer à l’écriture.

    Enfin, en 1997 paraît « Sur les remparts d’Essaouira » (sous-titré, à la demande de TOBIE, « nous t’attendrons ensemble »), après cinq ans de gestation. Le roman obtient en 1998 le grand prix du polar de la ville d’Auxerre, véritable consécration auprès de la profession et du public. C’est le premier d’une longue série de polars dans lesquels le détective franco-marocain Albert Antati résout dans chaque enquête d’étranges énigmes trouvant leur source dans la jeunesse des personnages.

    Dans cette première aventure d’Albert Antati, deux jeunes femmes portant le même nom d’épouse décèdent à deux ans d’intervalle et sont enterrées, seules, sans leur conjoint, dans un même caveau du cimetière d’Essaouira. Le détective devra d’abord apprivoiser la belle Isatis avant de retracer leur histoire.

    TOBIE revient à Essaouira en 1997. Il découvre lors de ce séjour que son épouse assassinée n’est pas, comme il l’avait toujours cru, inhumée dans le cimetière chrétien d’Essaouira.

    De 1997 à 2016 La vie s’écoule pour TOBIE au rythme de la publication de ses romans à raison d’un tous les deux ou trois ans, de ses voyages autour du monde et des séjours réguliers au Maroc. En France, il partage son temps entre écriture et travail du bois. Lors de ses séjours à Essaouira, il fréquente longuement la coopérative la coopérative de marqueterie pour en apprendre les techniques. En 2005, il met en place chez les chiffonniers d’Emmaüs de la ville voisine un atelier de rénovation de meubles en bois et de marqueterie. Les compagnons se souviennent de lui avec émotion, montrant avec fierté la boîte de thuya qu’il avait offerte à l’atelier pour ranger les poinçons à marqueter.

    Marjane sera restée le grand amour de la vie de TOBIE. Il a refusé d’éclaircir le mystère de sa mort, jusqu’à ce qu’en 2014, sous la pression insistante de sa fille Magda il entreprenne une recherche qui l’a mené à Meknès, ainsi qu’en témoigne un fragment de journal et le récit de son ami Redouane Z.

    Sous des dehors aimables et sociables, TOBIE était un homme secret qui ne révélait rien de sa vie intime, à la vie très réglée autour de l’écriture. Une interview parue dans L’IVRES en septembre 2015 montre cependant un homme semblant s’apaiser peu à peu.

     

    Par une belle matinée de gel clair de février 2016, TOBIE nous a quittés, victime d’une crise cardiaque.