Gilda Malone

PROJET

DOCUMENTS

Biographie et documents imaginés et écrits par Annie B.

C’est en tant que membre du comité de lecture aux éditions Magix France que j’ai pour la première fois rencontré l’écrivaine Gilda Malone. Le manuscrit de son premier roman « La promeneuse de l’Atlantique » nous était parvenu quelques mois plus tôt début 1997. Première lectrice, j’avais été immédiatement enthousiasmée par l’originalité du récit, son style assez épuré. J’avais convaincu les autres membres du comité ainsi que Max Hartenay, directeur de la maison d’édition, de l’intérêt de la rencontrer afin de discuter de certaines modifications et des conditions d’une éventuelle publication. Ce premier entretien et ceux qui s’ensuivirent portèrent leurs fruits puisque le roman sortit en septembre 1997 et fut une réussite.  Je fus chargée de suivre cette auteure en particulier dans la mesure où j’étais à l’origine de sa découverte et qu’une relation de confiance s’était rapidement établie entre nous. Je crois que nous nous appréciions mutuellement, même si notre relation n’a pas dépassé le cercle professionnel, mais une certaine connivence nous liait dans nos échanges concernant ses écrits en cours et il lui arrivait de me faire part de ses doutes, de ses hésitations, en particulier pour « L’aventure du chagrin » où m’avait-elle confié, il lui semblait se perdre. Profondément marquée par son décès, je me suis intéressée de plus près à sa vie. C’est ainsi que j’ai pu recueillir un certain nombre de témoignages et de documents auprès de ses proches et de ses relations en France et au Maroc, qui m’ont permis de rédiger sa biographie. Qu’ils en soient tous remerciés, en particulier sa sœur Gabrielle qui a bien voulu me confier le carnet où Gilda Malone prenait des notes sur ses visites, jetait des idées, des brouillons pour ses romans mais aussi des notes personnelles et un grand nombre de croquis et petits dessins.

 

 

Née le 25 mai 1960 à Sulniac dans le Morbihan, Gilda Malone est la deuxième enfant d’une fratrie de quatre. Elle passe une enfance heureuse entourée de parents à l’esprit ouvert. Bonne élève en primaire et au collège, elle révèle de bonnes aptitudes à l’expression écrite et surtout au dessin. Peu expansive, on la dira longtemps timide et réservée.

Au lycée de Vannes où elle entre en septembre 1977, elle choisit la seconde A7, option arts plastiques. Le baccalauréat en poche, Gilda Malone entreprend des études aux Beaux Arts de Rennes et obtient sa maîtrise en juin 1982. En septembre de la même année, elle décide de partir comme jeune fille au pair à Boston aux États-unis. Cette décision brutale fera suite à une tentative de suicide qu’elle révèlera elle-même plus tard dans une interview à l’occasion de la sortie de son premier roman en 1997 « La promeneuse de l’Atlantique ».

A son retour en septembre 1983, elle prépare le CAPES d’arts plastiques mais échoue. L’année suivante, elle rebondit sur une formation pour être bibliothécaire.

Entre 1984 et 1989, année où elle se marie, sa vie est assez mouvementée, entre moments de dépression et poursuite des études, qu’elle arrête puis reprend. Elle peint, expose quelques tableaux dans une petite galerie tenue par une amie. En juin 1989, elle obtient son diplôme et son premier poste dans la bibliothèque municipale de Vitré.

En 1990, on trouve dans son carnet les prémices de son dernier roman « L’aventure du chagrin ».

En effet dans deux notes datées de 1990 et 1991, elle évoque cet ancêtre inconnu d’origine maghrébine dont son personnage ira chercher les traces à Essaouira. D’autres notes sur le même sujet datées de 1992 et 1995 laissent à entendre que son intérêt va croissant et qu’il devient même obsessionnel puisqu’elle fera appel aux compétences d’une spécialiste en recherches généalogiques. (Annexes 1)

En 1997, elle publie son premier roman « La promeneuse de l’Atlantique » suivi en en 1999 de « Les diamants sirocco » et en 2001 de « Journal des miracles relatifs ». Grand succès en France et aux États-Unis, « La promeneuse de l’Atlantique », inspiré de son séjour à Boston, révèle un style vif, parfois cinglant, qui dénonce non sans humour, l’hypocrisie du système des jeunes filles au pair.

En 2001, après le succès de son dernier livre qui lui permet de vivre de sa plume, elle écrit dans son carnet qu’elle a enfin pris la décision de se rendre à Essaouira pour poursuivre ses recherches. (Annexe 1)

L’année 2002 est le début de la grande aventure qui la mène d’abord à Essaouira puis dans d’autres villes du Maroc. Elle revient régulièrement à Essaouira où son mari et elle achètent une maison dans la médina en 2003.

Les 15 années qui précèdent la sortie de son dernier roman « L’aventure du chagrin » semblent assez chaotiques. Elle partage sa vie entre la France et Essaouira  où elle a gardé sa maison malgré la séparation d’avec son mari. Elle apprend l’arabe et donne des cours de français à l’Institut Français de la ville. Elle continue à peindre et expose quelques œuvres dans la galerie d’art Othello d’Essaouira.  En décembre 2010, lors de son passage au siège des éditions Magix France à Paris, son éditeur la trouve amaigrie, « en petite forme dira-t-il plus tard ». Elle reconnaît avoir eu des soucis d’ordre cardiaque sans grande importance et lui confie un recueil de poèmes accompagné de ses propres dessins « Sur les remparts d’Essaouira » qui est publié en janvier 2011. (Annexe 2)

Entre 2012 et 2014, elle passe beaucoup de temps en France pour s’occuper de son père gravement malade et soutenir sa mère. Sa sœur Gabrielle dira dans un article paru dans une revue littéraire qu’elle parlait beaucoup de ce fameux ancêtre et de ses recherches, du roman qu’elle était en train d’écrire et  où elle mêlait réalité et fiction. Gabrielle dira même s’être inquiétée pour son équilibre.

Entre 2015 et 2017, aucun événement marquant connu. On sait par sa maison d’édition avec laquelle elle correspond qu’elle écrit son prochain roman, qu’elle y consacre tout son temps.  Il ressort de leurs échanges qu’elle a parfois du mal à distinguer ses personnages de sa propre histoire.

En Septembre 2017 son dernier livre « L’aventure du chagrin » est publié une première fois à 10.000 exemplaires, son éditeur ayant douté de son succès. En un mois, ils sont épuisés et la commande d’un deuxième tirage envoyée sous les presses. L’échange de courrier fin 2016 entre l’écrivaine et son éditeur révèle une intransigeance à laquelle ce dernier n’avait pas été habitué. L’écrivaine reste fermement campée sur sa décision et menace même de rompre son contrat si d’aventure, il s’obstinait. Le litige porte sur le devenir du personnage principal qui dans la version définitive, finit par tout abandonner pour rentrer au pays et reprendre sa vie d’avant. L’éditeur souhaitait une fin plus dramatique. (Annexe 3)

Peu de temps après en octobre 2017, on apprend par le biais d’un article dans le journal, que Gilda Malone a été victime, au cours de la présentation de son livre dans une librairie parisienne, d’un accident vasculaire cérébral AVC. L’hôpital étant très proche et le service des urgences très efficace, elle s’en sort sans aucune séquelle.

En Janvier 2018, de retour au Maroc, l’écrivaine interviewée à l’Institut Français d’Essaouira, apporte des informations très intéressantes sur la genèse de son roman et les liens propres à son histoire familiale. Elle explique très clairement que sa mère, décédée en 2015 était très « typée », tout comme son oncle qu’on appelait l’arabe et elle-même qu’on surnommait « la gitoune » étant petite. D’après le journaliste, l’interview avait été une réussite. Gilda Malone était à l’aise, heureuse de parler de son roman. Elle lui avait confié après l’émission prendre plaisir à reprendre ses premières notes et ses recherches. Il semblerait même qu’elle ait avancé et trouvé un lien crédible entre cet homme, celui de la vieille photo que détenait sa mère, et la synagogue du rabbin Haïn Pinto, bien connu des juifs d’Essaouira. (Annexe 4)

On ne sait pas grand-chose de la dernière année de sa vie, si ce n’est qu’elle habite toujours Essaouira et continue les mêmes activités. D’une nature solitaire, elle n’a pas d’amis intimes sur place qui pourraient témoigner de ce qu’elle vit ou fait. A Samira, la masseuse de la villa Garence où elle se rend régulièrement, elle confie fin 2018 son désir de rentrer en France pour partager les fêtes en famille, tout en sachant qu’elle n’y resterait pas longtemps, portée par sa quête et les progrès qu’elle a réalisés.

Le 10 février 2019, le petit monde littéraire qui l’apprécie, apprend avec stupéfaction que l’écrivaine Gilda Malone est décédée alors qu’elle se trouvait au marché d’Ounagha, dans la région d’Essaouira. D’après le témoignage d’une femme, elle cherchait quelqu’un et demandait à un vendeur de légumes où elle pourrait le trouver. Transportée difficilement à l’hôpital d’Essaouira, elle est arrivée trop tard pour pouvoir être sauvée.

Ses lecteurs garderont d’elle le souvenir d’une femme qui les a fait voyager dans l’imaginaire et le réel de son histoire. Quant à sa recherche personnelle, quelqu’un pourra peut-être un jour  poursuivre l’aventure pour elle. Un bel hommage lui serait ainsi rendu.