Cécil Braum alias Tidzi

LE PROJET

LES DOCUMENTS

Biographie et documents imaginés par Mano

 

Lecteur, si tu lis la biographie de Cécil Broom, c’est qu’elle fut mon amie et que la maison d’édition Souviens toi m’a demandé de l’écrire. Jamais je n’aurais pu imaginer une telle demande, jamais je n’aurais voulu qu’elle soit déjà nécessaire, cette putain de biographie

Cécil était une écrivaine de talent. Chacune de ses parutions a eu un succès de librairie incontesté. Son premier roman en 1990 « la mémoire des murs » est une plongée sur le port d’Essaouira. Les barques bleues se blottissent sur le quai. Des chalutiers sortent les matelots. A terre ils sont tels des ouvriers à la chaîne, le visage buriné, les doigts agiles enfilant les appâts sur des baïonnettes de lignes d’hameçons. Odeur incroyable de bêtes entassées sorties de la mer. … s’étonne du silence qui règne ce matin »

Ce ne fut pas un hasard mais une nécessité pour elle d’écrire ce roman. Elle est née sur le port le 17 avril 1950. Sa mère, Cécilia Broom, une mère célibataire, l’a mise au monde seule, prise des douleurs de l’accouchement, un mardi, très tôt, alors qu’elle s’était endormie épuisée. Cécilia Broom est maintenant enterrée au cimetière chrétien d’Essaouira depuis le 27/08/1954. Cecil avait quatre ans. Elle fut confiée à une amie de sa mère, Martine Legouy, institutrice détachée par la France.

Quand, en 1956 les français quittent définitivement le Maroc, Martine Legouy quitte le pays natal de Cécil et rentre en France. Elle fera la démarche pour une adoption plénière de Cécil

Cécil devient une petite fille comme toutes les petites filles entourées de beaucoup d’affection de la part de Martine L. Dès la rentrée 1957 elle va au lycée Jeanne d’Arc et y fera toute sa scolarité du CP au baccalauréat. C’est l’après-guerre. Il y a encore sur le boulevard de la Marne des baraquements en guise de classes. J’ai retrouvé dans les archives du lycée, le registre de son entrée

Elle épouse en 1975 Jean Lefèvre, conservateur du Musée de Rouen

Pendant plusieurs années elle va voyager avec son mari. Ils font ensemble la découverte des villes marocaines. Ils se baignent dans le brouhaha des villes, ils s’imprègnent de la musique berbère. Ils reviennent heureux et enrichis par leurs voyages mais Cécil a un manque. Ils ne sont pas encore allés à Essaouira. C’est elle qui ne veut pas, elle n’ose pas.

Elle écrit dans son journal, pendant leur voyage à Fès : l’appel de la prière m’oblige à me lever. Je me sens attirée par le ciel. Les goélands fendent l’espace noir. Il faut que je retourne à Essaouira, que je retrouve la ruelle dans la Medina où nous habitions ma mère et moi

C’est en 1989 qu’elle part, seule, vers sa destination fondatrice, vers son berceau de bois, vers le désordre, vers le grouillement de la Médina. C’est ici qu’elle trouve l’inspiration pour son premier roman

Chacun de ses romans est un véritable tableau, délicatesse et brutalité parfois, humour, elle y croque les habitants d’Essaouira

Elle écrit aussi dans son journal :

Mercredi : je suis née là dans une barque bleue sentant la marée, le mazout. C’est ici dans ce port besogneux que j’ai ouvert les yeux sur le monde. Quelle émotion ! A-t-on toujours besoin de connaître d’où l’on vient ?

A partir de ce moment Cécil retourne régulièrement à Essaouira, elle y retrouve les odeurs, les senteurs de sa petite enfance. Elle a laissé dans ses carnets de voyage de petits inventaires qui s’apparentent à celui de Prévert

En 2000 pour fêter le siècle je l’ai accompagnée au Maroc ; j’ai eu l’occasion de croiser l’un de ses amis Mostapha Chrioui, un vieil homme buriné vêtu d’une djellaba usée. Nous nous sommes retrouvés devant un thé et je vous livre ce qu’il disait à propos de Cécil :

« La première fois que je l’ai rencontrée sur le port, elle achetait comme moi des sardines. Dès notre premier échange, nous avons sympathisé et depuis nous discourons sur tout : la vie, le monde, la mort. Nous nous croisons régulièrement à Essaouira. J’apprécie sa façon d’aborder la vie. C’est une femme ouverte. Elle a un regard aiguisé et juste sur les gens qui l’entourent

Je ne manque aucune sortie de ses livres que je lis en français. Je souhaite vraiment qu’elle soit un jour publiée en arabe. J’ai une prédilection pour « Sous le vent de tristesse »

En 2002 juste avant la parution de « la haine pour les oufs » j’ai reçu un courrier d’elle. Je garde le contenu de ce courrier comme un secret entre elle et moi. Je ne veux pas qu’il devienne une parution quelconque … Mais elle y avait adjoint cette liste de ses envies

J’ai envie de rencontrer des amis non-lecteurs

J’ai envie d’ouvrir mon horizon

J’ai envie de manger des tartines de miel en marchant dans la mer

J’ai envie d’écrire à la plume

J’ai envie d’apprendre l’arabe

En 2004 quand paraît « le ciel de mes envies »

Elle pense que va se tarir la source d’inspiration « Essaouira ». Elle se tourne de plus en plus vers le monde artistique de la ville, elle fréquente la galerie Damgaard, elle note dans son carnet de voyage : « Je sais que j’arrêterai d’écrire. Je suis de plus en plus attirée par les couleurs, ; je sens que l’art brut qui mêle les cultures arabes, berbères et d’afrique noire sont les racines profondes qui me manquent dans les mots. Je continuerai à marcher le long des murailles avec le regard vers le ciel

Je continuerai à refuser les salons littéraires

Je continuerai à découvrir les formes d’expression et je sens que je vais peindre »

 

Elle n’a plus écrit. Elle a continué le chemin à Essaouira avec un carnet de croquis.

Essaouira fut ton berceau,

le 25 avril 2011 café Argana, Marrakech fut ton tombeau. La mort l’a frappée avec Jean, une mort brutale, violente, une mort de haine

Sur sa tombe une épitaphe :

Née pour aimer les uns les autres

Tuée par la haine