Danaé POVA

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LE CARNET

-Biographie imaginée par Dominique. P

 

2000 – Préface biographique au 3è Recueil de poèmes de Danaé POVA écrite par Ahmed BOUAKIM.

Préfacer ce dernier recueil « Écho lointain de l’exil » de la poétesse Danaé POVA, est un grand honneur. A mon tour je lui offre la réplique du cadeau immense qu’elle m’a fait jadis en me dédiant son premier recueil de poésies. Elle fut mon professeur, mon maître à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech.

Sa vie est un long chant teinté de mélancolie, une sodade* pleine d’énergie et d’amour. Son prénom Danaé l’a-t-elle destinée à vivre des événements qui font écho à la vie de la déesse grecque du même nom ? Je vais en évoquer quelques épisodes qui éclairent son œuvre.

Son père Léandro POVA, espagnol andalou, admirateur et ami de Federico Garcia Lorca, fut un militant républicain très engagé dans la révolution espagnole. Il réussit à fuir à Athènes avec sa femme gréco-italienne Colomina NEROUTSOS, fille d’un juif grec. Danaé naquit le 23 Juillet 1943 à Argos en pleine guerre. Léandro s’engagea à nouveau dans les rangs des communistes grecs durant la guerre civile grecque. Une tentative désespérée de survivre à la victoire de Franco. Mais les révolutionnaires grecs subirent le même sort que les combattants espagnols. Il avait réussi à échapper aux griffes de Franco mais il mourut durant la guerre civile grecque en 1946. Danaé ne l’a donc pas connu. Ce qu’elle sait de lui c’est à travers ce que sa mère lui a raconté et les carnets qu’elle a conservés.

Colomina, veuve, brisée par le chagrin, trouva la force de s’échapper de la Grèce pour sauver sa fille, âgée de 3 ans. Une nuit, au port du Pirée elles se cachèrent dans la cale d’un navire, sans savoir où il pouvait les emporter. Le voyage très éprouvant dura sans doute plusieurs jours avec pour seule subsistance quelques biscuits, des dattes, du poisson séché, une gourde et le mal de mer pour seul compagnon.

Un matin, le bateau s’immobilisa. Elles apprendront un peu plus tard qu’elles étaient à Essaouira. Le destin les avait conduites là où était enterré le père de la Colomina, Dionysos Néroutsos, au cimetière juif.

Comme dans l’histoire de la déesse grecque, elles furent recueillies par un couple de pêcheurs, sans enfant, qui s’occupèrent d’elles. Elles trouvèrent auprès d’eux une famille. Danaé vécut là une enfance heureuse bercée par la mer et l’amour. Essaouira inspira le premier recueil de poèmes, une eouvre de jeunesse, « Étoiles d’encre sous les alizés» qui est à la fois une ode à la beauté du lieu, pleine d’optimisme, de joie, tout en étant marquée par le mystère de son aventure, et les traumatismes des guerres et la mort de son père. Ce recueil fut publié bien plus tard en 1980. Voici les derniers vers d’un poème intitulé « Sur les remparts d’Essaouira » : « J’ai deux langues qui se répondent, Palamède me guérira, renaissante sortie de la mer ».

Elle est allée à l’école publique à Essaouira. Sa mère y tenait. Élève brillante elle poursuivit ses études universitaires à l’université renommée de Marrakech « Cadi Ayyad ». Passionnée par l’antiquité grecque, elle apprit le grec ancien avec la même volonté qu’elle avait appris l’arabe classique. Elle devint docteur Es littérature ancienne. J’ai eu le privilège de l’avoir comme professeur particulièrement dans l’étude des mythes grecs. C’était la plus jeune des enseignants, charismatique elle tranchait avec les doctes professeurs sérieux et inaccessibles. Elle comprenait notre aspiration à rejeter les carcans, les interdits, participant avec nous aux mouvements de libération, aux manifestations. Elle aidait les étudiant-e-s en difficultés, luttait pour la libération des prisonniers politiques. Ensemble nous partagions l’espoir d’un Maroc libéré, évolué, démocratique. Nous pensions que la poésie, la culture pourraient changer le monde. Mais dans le début des années 70 des coups d’état militaires au Maroc ont brisé cet espoir. La répression s’abattit sur la pays. Plusieurs d’entre nous furent emprisonnés. Danaé disparut. Nous apprîmes qu’elle avait quitté le Maroc. Rien de plus. J’ai reçu dans une lettre qu’elle m’écrivit 8 ans plus tard, en 1980, m’expliquant qu’elle n’avait pas supporté d’être bâillonnée et censurée. Huit ans d’errances, d’aventures et de voyages.

De cette période sortit en 1985 un recueil de nouvelles : « Mémoire des murs » qu’elle mit 5 ans à écrire. Dans cette œuvre elle adopte un style plus réaliste choisissant des personnages inspirés des combattants de la guerre d’Espagne, de la guerre civile grecque. Elle a voulu savoir ce que vécut son père ; Elle a enquêté, s’est imprégnée de cette période de l’histoire marquée par le fascisme, le nazisme, le franquisme, le stalinisme, tous ces vilains mots en –isme. Elle s’inspire aussi de ses voyages, des rencontres fortes qu’elle y a faites, de ces héros sans nom qui font l’Histoire. Danaé est une enfant de la guerre. Marquée dès sa prime jeunesse par cette barbarie, elle veut savoir, comprendre.

En 1986, c’est le retour à Essaouira où sa mère était restée seule. Le couple des vieux amis ne sont plus là. La Colomina a 83 ans. Danaé, lui fait raconter encore et encore, cherche toujours les traces de ses origines notamment de ses grands-parents. Elle écrit là-bas «Le sucre des mots étranges » Elle a trouvé une nouvelle source d’inspiration en puisant dans les textes des grands poètes arabo-andalous. Elle se passionne par exemple pour Abd Al-Rahman AL DÂKHIL. C’est une autre façon de rejoindre son père, l’Andalou épris de poésie et de justice, mais aussi de rendre hommage à ses grands parents adoptifs, pêcheurs musulmans. Elle reste à Essaouira auprès de sa mère jusqu’à la mort de celle-ci en 1988. Très affectée par c la disparition de cette femme exceptionnelle à laquelle, elle était profondément liée, elle revient à des poèmes plus intimistes regroupés sous le titre « Bain de lune dans une mer de sang ».

Elle revient en Grèce en 1990 où elle habite toujours. C’est là que fut publié son dernier ouvrage « l’écho lointain de l’exil ». Y sont mêlées les influences des cultures dont elle s’est imprégnée, les langues, les cultures, les couleurs qui l’ont forgée. « Le métissage est dans mes gênes » a-t-elle l’habitude de dire. Quoi d’étonnant ? Un grand père juif grec, une mère greco-italienne mariée à un espagnol, recueillie enfant par un couple de marocains musulmans. Elle n’a jamais oublié ce qu’elle leur devait et elle a toujours combattu pour l’accueil des réfugiés, l’ouverture aux autres, la diversité. Sans jamais tomber dans la poésie engagée  ni à message sa poésie chante métaphoriquement cet engagement, l’Orient et l’Occident réunis, le sacré et le profane . En cela ils sont une leçon universelle pour l’Humanité.

Je termine avec ce poème d’Abd Al Rahman AL DÂKHIL. Il exprime une grande part de ce que l’on pourra retrouver dans ce recueil.

«  LE PALMIER

Un palmier m’apparut bien seul

En Occident, très loin du pays des palmiers

Je lui dis : « Tu es semblable à moi par l’exil

Tu as grandi dans une terre étrangère

Et comme moi tu es banni, expatrié

Que les blancs nuages du matin t’arrosent

Eux qui puisent leur eau sans les étoiles. »

 

*Le terme « Sodade » est un mot de créole capverdien. Il vient de « saudade », qui est réputé comme l’un des mots portugais les plus difficiles à traduire. Le terme exprimerait une tristesse empreinte de nostalgie, quand une personne se sent dépossédée de son passé .


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