Les trois souvenirs

Ref. Georges Perec – W ou le souvenir d’enfance

Trois souvenirs …

Cabane, lieudit de l’Aveyron, dans mon lit de jeune fille, je me réveille et suis encore habitée par mes rêves.
Le premier est un peu flou, c’est dans la cave de la maison de ma grand-mère où je suis avec mon frère.
Nous nous chamaillons, lui jouant les ados affranchis et moqueurs, moi la petite princesse innocente.
On nous fait toujours jouer cette partition mais ce jour-là, je casse le schéma et lui assène un coup de pompe à vélo qui le blesse.
Le second est le plus tenace : je dévale la pente du chemin boueux, rêve ou souvenir? Je me sens libre.
Je suis ivre de légèreté, d’indépendance, enfin j’ai grandi.
Je crie aux arbres, aux fleurs, aux vaches, au monde entier la fin de mon enfance trop idéale.
Le troisième est apparemment le plus organisé comme un film dont le scénario bien écrit et parfaitement réalisé, me touche personnellement.
A Cabane, mes vacances se passaient à courir le gueux, comme disait ma mère.
C’étaient des petits reproches, des réflexions anodines et pourtant blessantes et surtout l’inquisition.
Quand on avait eu ma mère et moi un échange tendu, je m’isolais et me promettais de ne rien lui dire de mes pensées intimes.
J’avais envie d’être orpheline de mère connaître cette douleur et ce soulagement de pouvoir grandir sans la bride.
Une femme bien-sûr, pour moi une mère ne peut prononcer ces mots : tu es une enfant de permission conçue sur le canapé je ne voulais pas accoucher de nouveau, ton frère me comblait, mais je t’aime.
A la sortie de l’adolescence, je vivais la séduction, le plaisir, et l’ambition. J’étais au milieu, toujours au centre d’une cour, prête à me faire reconnaître.

La femme crut que je rejetai la mère mais mon rêve m’éclaira sur mon attachement à elle, la femme, elle, se précipita contre moi, contre mon cœur et me souffla, « sois mère un jour ! »

RMQ

 

Colzunivers, mes trois souvenirs.

Le premier est un peu flou, c’est dans un immense champ de colza, que nous nous posions. Nous nous réjouissions de la qualité de la fleur, cela nous fera un excellent carburant. On nous fait défit d’atteindre ‘Halley’ avec un seul plein.

Le second est le plus tenace, je dévale les collines vers les plaines jaunes du Nevada. Je suis  ivre de joie, j’emmènerai de nouveau mon fils vers l’étoile du berger. Je crie d’exaltation, nous construirons un souvenir unique et palpitant.

Le troisième est, apparemment le plus organisé.

A Colzunivers, au milieu de cette manne nourricière, les graminées de colza s’offrent à nous. C’était des petits signes de soumission, elles s’étaient toutes arrangées pour être mûres le jour de notre « colzissage ». J’avais envie pour ce nouveau voyage sur Mars, d’inviter sa mère, pour cette longue aventure. Une femme, sa mère, ma femme serait un élément indispensable et stabilisateur pour ce long périple. A la sortie de notre spacio-nef, voulant évaluer notre ravitaillement, un doute m’envahit étrangement. J’étais au milieu d’une tornade de sensations, de sentiments bouleversants, je dus prendre une décision. La femme, sa mère, ma femme crut qu’elle pouvait rentrer dans notre fiction et essaya de déchirer l’enveloppe de notre rêve. Elle se précipita en vain, nous étions déjà repartis profondément dans l’imaginaire, à la conquête de l’univers guettant les étendues jaunes de cette manne nourricière.

D.D’O


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